Frank Giroud est né en 1956 à Toulouse. Passionné très tôt par l'écriture et le dessin, il entame sa carrière d'auteur professionnel en 1979. Pendant quelques années, il se rôde aux ficelles du métier en publiant des histoires courtes pour les éditions Fleurus, Larousse et Milan.
En 1982, tournant décisif : c'est la création de "Louis la Guigne", avec Jean-Paul Dethorey. Série remarquée dès sa prépublication, elle va bientôt permettre à son scénariste de se consacrer exclusivement à l'écriture. Dès lors, il collabore régulièrement à plusieurs titres de la presse pour adultes ou adolescents (Circus, Vécu, Nitro, Spirou, Tintin), dans lesquels paraissent ses futurs albums. La diversité de son propos vient sans doute de la multiplicité de ses centres d'intérêt. Passionné par notre passé (Frank Giroud est agrégé d'Histoire et ancien élève de l'Ecole des Chartes), il exerce de nombreuses activités (animateur, décorateur de vitrines, enseignant, économe, directeur de centres de loisirs, graphiste, accompagnateur de voyages...) avant de se lancer à temps plein dans l'écriture.
Grand voyageur, il a vécu en Italie et au Para (Amazonie brésilienne), sillonné l'Afrique, l'Asie et une grande partie de l'Europe. Après avoir hanté quelques cabarets en tant que conteur, il a prêté sa plume à la réalisation de sketches, de nouvelles, de comédies musicales, de chansons (entre autres pour Juliette) et même d'un roman, illustré par Yvon Le Corre et Laurent Vicomte. Mais sa préférence va à la BD, pour laquelle il continue inlassablement à bâtir de nouveaux univers...
Sur quoi travailles-tu en ce moment ?
Je termine les chantiers en cours ("Le Cercle de Minsk" et les deux séries satellites du "Décalogue" que sont "Le Légataire" et "Les Fleury-Nadal" ), je poursuis deux récits dans la collection "Secrets", que j’ai créée il y a cinq ans chez Dupuis, je prépare une saga sur une famille d’avionneurs et je coordonne "Destins", un gros projet que publiera Glénat .Il s’agit d’un ensemble d’histoires coécrit avec douze scénaristes. Une équipe rassemblant des gens que j’aime et que j’estime, regroupant des vedettes confirmées aussi bien que des étoiles montantes, des hommes et des femmes (bien que pas assez !), mais aussi des auteurs de toutes générations… puisque "Destins" va accueillir aussi bien mon maître que mon élève !
Tu voyages beaucoup, est-ce important pour écrire ?
Depuis quelque temps j’ai levé le pied, mais j’ai longtemps sillonné la planète, c’est vrai. Entre autres dans le cadre de mes repérages. Je sais que nombre de mes collègues se débrouillaient très bien avec une documentation glanée dans les librairies ou les bibliothèques, et sans doute aurais-je pu procéder de même. Mais à l’époque, j’avais du mal à résister à l’attrait de l’aventure ; parcourir la Roumanie à la chute de Ceauscescu, le Pays Basque aux côtés des nationalistes ou l’Algérie en pleine guerre civile procure des sensations tout de même assez particulières!Et puis dans un repérage, il y autre chose que les images : humer les odeurs d’un pays, côtoyer ses habitants au quotidien, partager leur cuisine, leurs cuites et leurs soucis permet, je pense, de densifier davantage une reconstitution. Quant à mes voyages non professionnels, même s’ils ne m’ont pas inspiré directement telle ou telle histoire, ils sont venus grossir l’humus dans lequel elles se sont développées. On ne passe pas des mois en Afrique Noire, en Asie ou en Amazonie sans qu’un jour ou l’autre il en ressorte quelque chose…
Tu as commencé à la fois en bd et en roman. Comment as-tu appris à devenir scénariste
Pour replacer mes débuts dans un cadre plus réaliste, disons que si j’ai en effet commencé par du feuilleton "romanesque"… c’était modestement dans les pages d’un journal lycéen ! A dix ans, j’ai participé à un concours de nouvelles organisé par mon école primaire, et j’ai pris un plaisir exceptionnel à rédiger cette petite histoire. Un plaisir qui m’était inconnu auparavant et qui m’a incité à continuer. Pendant plusieurs années, j’ai donc écrit des feuilletons dans cette revue d’amateurs. Puis , à quinze ans, j’ai découvert "Blueberry " dans les pages de « Pilote », à l’époque de "Balade pour un Cercueil ". Pour l’amateur de westerns que j’étais -et en particulier des westerns de Leone-, ce cinéma sur papier a été une révélation. J’ai trouvé dès lors beaucoup plus excitant de raconter mes histoires sous forme de BD que sous forme romanesque. Il est vrai que j’étais friand non seulement de cinéma, mais aussi de dessin, de peinture et de photo. Ce mariage entre le texte et l’image ne pouvait donc que me séduire.Pour rédiger mes premiers scénarios, j’ai longuement étudié ceux de mes aînés, notamment Greg et Charlier, et j’ai commencé par les imiter. Puis j’ai découvert Christin, qui a sorti "Les Phalanges de l’Ordre Noir" au moment où je faisais mes débuts dans le métier et j’ai compris que l’on pouvait faire passer en BD autre chose que du pur divertissement. Moins de deux ans plus tard, j’écrivais "Louis la Guigne" .
Je crois que Louis, comme d’autres personnages que j’ai pu créer par la suite, apportait une certaine originalité dans le fond, mais pour ce qui était de la forme, j’ai continué pendant quinze ans à imiter les grands anciens. Puis lorsque j’ai eu le sentiment d’être arrivé à un stade où je maniais enfin mes outils de façon correcte, j’ai commencé à m’ennuyer. Après un détour par le conte, le roman, la chanson, la nouvelle ou la comédie musicale, je me suis attaqué aux codes et aux formats de la BD, afin de trouver de nouvelles voies. C’est de cette envie, voire de ce besoin, que sont nés "Le Décalogue", "Quintett" ,"Secret" ou encore "Page Noire" et "Destins", que vous découvrirez bientôt.


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