Laetitia Lehmann, éditrice chez Casterman par caroline le 23/09/2008

Dans un monde où les femmes sont, finalement,  assez rares, Laetitia Lehmann a su se faire un nom en  quelques années. Après un passage  aux droits dérivés chez Vents d’Ouest puis aux Humanoïdes Associés, son contact privilégié avec les auteurs lui a permis de devenir éditrice chez Casterman. Rencontre avec une femme réputée pour son écoute et son enthousiasme.

Laetitia LehmannLaetitia Lehmann

 

Comment êtes vous devenue éditrice ?

Je cherchais un emploi dans l’édition au sens large avec une préférence pour la bande dessinée et la jeunesse.  J’ai su que les éditions Vents d’ouest recherchaient une ou un responsable des cessions de droits. J’ai immédiatement postulé et n’ai pas tardé à avoir un entretien avec Louis Delas qui a fini par m’embaucher.
J’ai ensuite passé 3 ans aux Humanoïdes Associés où j’ai également été responsable des cessions de droits.
En 1999, Louis Delas m’a proposé un poste d’éditrice aux Editions Casterman. Je l’ai accepté.

Qu’est-ce qui vous plait (et vous déplait) dans votre métier ?
La colonne des plus devance largement la colonne des moins, sinon je ne serais plus là pour en parler...
La colonne des plus:

  • La signature de nouveaux auteurs, c’est à chaque fois une nouvelle aventure trépidante qu’il s’agisse de nouveaux auteurs ou d’auteurs plus expérimentés

  • Le lancement de nouvelles collections : par exemple Rivages / Casterman / Noir - no comment on croise les doigts trop tôt pour en parler !

  • L’accompagnement des auteurs dans leur ascension - c’est une vraie satisfaction de voir un auteur émerger lorsque l’on soutient son travail depuis de nombreuses années.

  • Le mariage d’auteur, c’est ce qu’il y a de plus difficile à mon sens mais lorsqu’on y parvient c’est une énorme satisfaction.

  • Le suivi éditorial des projets, les échanges sont toujours enrichissants. On n’est pas toujours d’accord et c’est grâce aux différences de points de vue que les projets murissent

  • La découverte d’univers multiples aussi bien d’un point de vue scénaristique que graphique - la routine n’est pas mon quotidien et c’est tant mieux

  • La dimension internationale : j’ai la chance de travailler avec des auteurs de toutes nationalités. Internet y contribue largement


Et j’en oublie certainement...

La colonne des moins :


  • Un marché saturé dans un contexte économique en crise : c’est de plus en plus difficile malgré la qualité des albums d’être visible en librairie et lorsqu‘on y parvient, la baisse du pouvoir d’achat ne nous garantit pas le succès.

  • Une concurrence accrue. Ce n’est jamais sans peine que l’on voit partir un auteur que l’on a soutenu longtemps et qui finalement risque d’émerger ailleurs.



Les femmes sont de plus en plus nombreuses dans le milieu. Que croyez-vous qu’elles apportent à la bd ?
Difficile de répondre à cette question. Il faudrait plutôt poser la question aux auteurs qui auraient à la fois travaillé avec un éditeur et une éditrice ou bien  à un directeur général d’édition qui aurait embauché des éditeurs et des éditrices.
Qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, le métier de l’édition requiert avant tout un sens de l’humain dans un milieu cartésien. Hommes et femmes sont aussi capables d’exercer ce grand écart entre la création et la finance, c’est une question de personne plutôt que de différence de sexe.

Quels sont les projets à venir qui vous excitent le plus ?
Les titres à venir de la collection Rivages. La collection Rivages est une nouvelle collection  lancée au mois de mai à l’occasion du festival Etonnants Voyageurs. Elle compte déjà 5 titres. La presse est unanime : formidable. Et le prochain Bilal ! Malheureusement je ne peux rien dire de plus,  simplement, il s’agit d’un one shot et ce sera un western fantastique.