The Hoochie Coochie avec Christopher par nicolas le 27/10/2008

James TownJames Town

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton parcours et tes influences de travail ?
 

Je suis français et américain par ma mère. Je suis né à Paris et j’ai fait toutes mes études à Paris dans une école de graphisme. J’y ai d’ailleurs rencontré Gautier. Au sujet de mes influences, C’est un peu difficile à dire. Peu de BDs m’ont vraiment marqué. En fait je lis très peu de bande-dessinée, je n’ai pas la connaissance encyclopédique de Gérald ou de Gautier. Pour autant, j’aime beaucoup les auteurs américains : Robert Crumb , les frères Hernandez mais ça n’a rien à voir avec ce que je fais. Je pense que ce sont plus les livres d’histoire, les romans, la littérature, la peinture classique, flamande, le dessin. Je considère la BD plus comme un médium sur lequel je peux m’exprimer, car j’aime dessiner et raconter les histoires.

Après mes études je suis parti aux USA, à San Francisco, pour y vivre. J’ai travaillé dans une agence de graphisme. Le soir, le week-end je dessinais. J’avais déjà commencé à me documenter sur l’histoire de la formation des Etats-Unis, la colonisation. L’histoire de Jamestown m’avait intéressé. C’était surtout un sujet comme un autre pour développer une histoire de bande-dessinée. J’ai donc commencé à dessiner sur le sujet et à faire le livre aux états unis. Je l’ai envoyé à des éditeurs américains, par exemple à Fantagraphics, et Drawn & amp; Quatterly. La plupart d’entre eux m’ont répondu qu’ils trouvaient ça bien, intéressant, mais qu’ils ne pouvaient pas le publier pour des raisons x ou y, soit parce que j’étais un auteur inconnu, soit parce qu’ils n’avaient pas planning. J’étais quand même à l’arrivée plutôt encouragé. Gautier m’a recontacté pour me dire qu’il était en train de monter sa structure d’édition en France. Il cherchait à publier un livre. Il voulait publier Jamestown. C’est bien tombé, car à cette époque là – fin 2006 début 2007 – , je revenais en France. Après 9 mois de travail, sa sortie a eu lieu en novembre 2007.


Tu as mis combien de temps à faire Jamestown ?
J’ai du passer 6 mois sur l’écriture, la documentation. C’était relativement simple dans la mesure où je suis parti de documents historiques. Cela m’a simplifié beaucoup les choses par rapport à une histoire créée de A à Z. J’ai essayé de respecter fidèlement l’histoire et de trouver un moyen intéressant de la raconter. J’ai ensuite travaillé un an sur le dessin, à raison de deux heures par jour, tous les jours, de 23h à 1H ou de 22H à minuit, et un peu plus le weekend. Je me suis appliqué une certaine discipline, je me suis forcé à dessiner tous les soirs, même quand j’avais envie de sortir. Au final je n’ai pas compté le nombre d’heures que j’ai passé dessus.

Vous allez bientôt publier un autre de tes anciens ouvrages : Les Déserteurs. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Les Déserteurs, je l’ai effectivement fait il y a quelque temps, avant Jamestown. C’est d’ailleurs le livre que j’ai présenté pour passer mon diplôme de mon école de graphisme. J’ai passé un an de préparation et trois mois de dessin pur et dur. Les déserteurs, c’est une histoire beaucoup plus courte, 80 pages soit une quarantaine d’illustrations. Jamestown est vraiment plus varié au niveau des échelles des dessins, il y a des gros-plans, des personnages en biais, de loin, des points de vue généraux. Pour les déserteurs tout est toujours du même point de vue, de très loin.

As-tu pratiqué un découpage «  un dessin = une feuille » ?
Oui, l’histoire est un peu racontée comme cela, une grande image, sans case. J’ai donc peu de découpage visible, c’est-à-dire avec des cases. On voit cependant un même personnage apparaître plusieurs fois dans une image. On va suivre l’histoire comme ça dans la page.  L’histoire commence en haut à gauche, et on suit ensuite le personnage dans la page. L’histoire se passe pendant l’antiquité romaine avec trois personnages, des sortes de pieds nickelés, qui s’échappent de prison et vont courir l’aventure. L’histoire commence en Syrie, puis va en Egypte, en Méditerranée, et à Rome. C’est très inspiré des romans picaresques espagnols du 17ème siècle, avec un coté de O’brother des frères Coen.

Y-a-t-il d’autres projets sur lesquelles tu bosses en ce moment ?
Je continue la série « Les géants » dans Turkey Comics, je dessine en grand format, en format raisin, [50 par 65]. Au départ, c’était seulement au stylo avec des hachures, là je développe un peu et je rajoute du crayon. Cette série évolue un peu, mais j’essaie de faire en sorte qu’elle soit cohérente. Je pense que cette série s’inscrira dans un livre sur le mythe, la mythologie. Pour l’instant, j’ai fait 16 dessins, soit un peu plus d’un par mois. J’essaie d’accélérer. Je fais un croquis très rapide, proposition au crayon en 5 minutes et puis après je dessine directement dessus. L’avantage de la bande dessinée sur un format comme celui-là, c’est que si je rate ça ne se voit pas. Je peux la recouvrir, je peux la rattraper.

Comment t’es venu l’idée des Géants ?

Géant par Chritopher

J’avais commencé à faire un dessin de Géant pour me débloquer, car j’avais plein de scénarios, d’histoires en tête que je voulais raconter, mais je n’arrivais pas à le faire. Je n’arrivais pas à créer des personnages que je trouvais intéressant. Je n’arrivais pas à m’attacher suffisamment aux personnages pour pouvoir les redessiner plusieurs fois. Il faut quand même aimer ses personnages pour les dessiner, redessiner. Comme j’étais frustré de ne pas pouvoir dessiner l’histoire que je voulais, j’ai pris une grande feuille format raisin, et j’ai dessiné en grand format pour me libérer. J’ai commencé à faire cette série sans le vouloir, et j’ai continué. J’essaie maintenant de la créer de manière cohérente pour faire un livre. Ce sera un recueil de dessin avec des textes sans doute. Il y aura peut être autre chose, d’autres styles de dessins. Je ne sais pas encore très bien.

En 2010 dans deux ans, tu t’imagines comment ?
Je n’en ai aucune idée. Je ne suis pas pressé, je travaille à mon rythme. Peut être que les géants ça ne sortira pas avant 2010, 2012, 2013. Je n’ai pas un plan de carrière d’auteur de BD. C’est quelque chose que je fais quand j’ai le temps à côté, il faut que cela reste un plaisir pour moi. Aujourd’hui j’y passe relativement peu de temps parce qu’il faut que je gagne ma vie, je travaille dans une agence de graphisme, principalement pour Nintendo.

Ton agence sait que tu as publié des livres ?
Oui ils le savent. De temps en temps, il y a des sortes de récréations, lorsqu’on peut participer à des compétitions pour l’affiche du festival de rock, genre rock en seine, Printemps de Bourges ou se genre de choses. Dans ces occasions, je dessine un peu et je propose des affiches ou des communications un peu BD avec des personnages. Jusqu’à présent aucun de mes travaux n’a été accepté par les festivals, mais cela m’amuse de le faire…

Un autre Géant par Chritopher

 Entretien en partenariat avec la librairie Le Caniveau - 28 rue la Condamine - 75017 PARIS