The Hoochie Coochie avec Tarabiscouille par nicolas le 22/10/2008

Tarabiscouille, quels sont tes influences artistiques ?

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C’est très varié. Il y a forcément tout ce que j’ai lu quand j’étais gamin avec les Astérix et les Tintin. Je pense que tout le monde est passé par là. Je vais plutôt parler des dernières choses qui m’ont plu. Je suis toujours très amoureux du travail de Frédéric Coché, et de Denis et Olivier Deprez et ce que fait l’éditeur Frémok en général. Je suis très intéressé par la bande-dessinée sans texte, qui permet au lecteur de laisser partir l’esprit. Il n’y a pas de mots pour embrouiller l’esprit.

Paradoxalement, c’est un peu plus difficile d’accès ?
Paradoxalement oui. Le fait que ça soit difficile d’accès réside dans le fait que le public, en général, n’est pas forcément habitué à ce genre. C’est une question d’habitude. Ce genre représente les débuts de la bande-dessinée, on dit souvent que la bande-dessinée est le mariage du dessin avec le texte. Mais finalement, ce n’est pas que ça. Les formes les plus anciennes de bande dessinée n’avaient pas de texte, par exemple, le parcours de croix dans une église, c’est de la bande dessinée. Une histoire est racontée avec des images, avec un découpage, il n’y a pas de texte et ça permettait justement aux personnes qui n’étaient pas capables de lire, de comprendre certaines choses. C’est aujourd’hui finalement peu exploité. Un deuxième axe qui m’intéresse aussi beaucoup est de dessiner des grosses conneries. J’utilise là au contraire plus le texte pour faire passer le message. J’ai donc deux types de travail. Il y a un travail comme ce que j’ai fais sur Poisson Gélatine, avec un scénario et un graphisme plus robuste. La deuxième partie de mon travail est plus un défouloir. Ces deux méthodes de travail s’entrecoupent parfois.

Peux-tu présenter l’Univers de Poisson Gélatine ?

Poisson GélatinePoisson Gélatine

C'est une légende. J’ai toujours été très attiré par tout ce qui était légende, conte, et autres religions. Il y a toujours des mythes. Quand je créé une histoire je ne sais pas toujours où je vais, et j’ai tendance à piocher à droite à gauche, il y a des choses qui se mélangent. Là je suis parti sur l’histoire de Caïn et Abel, deux frères qui vont s’entretuer, couplé avec un deuxième thème : les cycles – que l’on retrouve beaucoup dans les mythes mayas. Les mayas pensaient que tout est question de cycles, qu’il y a un éternel recommencement. A partir de là, je savais que je voulais faire une histoire qui tourne en boucle. J’avais déjà fait des essais infructueux dans les premiers Turkey Comix où je n’avais pas été jusqu’au bout de ce que je voulais. Je l’ai concrétisé avec cet album. 

Je suis parti de l’histoire des frères ennemis, sans avoir le scénario complet. Je fais comme ça systématiquement, je n’aime pas savoir où je vais. J’ai commencé une dizaine de pages, je l’ai laissé quelques temps de coté, et j’ai retravaillé dessus plus tard. Je n’ai rien oublié, mais j’ai eu d’autres envies qui me sont venues, d’autres lectures, j’ai rencontré d’autres personnes. Bien entendu, cela m’arrive de refaire une ou deux planches du début, ce qui a été le cas pour Poisson Gélatine.


Au sujet de Libération, publié sur le site The Hoochie Coochie, comment as-tu travaillé ?
Libération, c’était un défouloir. J’ai dessiné la première partie en deux jours. J’ai expérimenté des choses que je ne faisais jamais, j’ai ainsi récupéré des photos de tableaux dans des livres, et je les ai reproduits. Le premier dessin est un tableau de Klimt, une forêt de bouleaux. J’en ai dissimulés un peu partout. Ici, c’est la fenêtre de ma chambre, mais en fait c’est un tableau de Maurice Denis. Là aussi ça c’est un tableau de Maurice Denis. J’aime bien la peinture à la fin du 19ème et du 20ème. Le but était de faire un récit initiatique, une photographie d’épisodes traumatisants de mon enfance. Traumatisant, enfin pas des choses horribles, mais des petites phases que j’ai analysé comme ça.

As-tu des projets sur lesquels tu bosses en ce moment ?
Il y a un bouquin que Gautier veut absolument que je sorte. Il s’appellerait Couille de Tarabiscouille, un recueil de ce que j’appelle mes conneries. Ce sont des petits strips, des histoires en une page. J’ai déjà une bonne matière. J’avais toute une série, une partie a été éditée dans Turkey, d’autres dans MotoSex, d’autres trainent chez moi et n’ont jamais été publiés. Le concept : je dois trouver à chaque fois un nouveau nom de personnage un peu ridicule et le mettre en scène. C’est un peu comme si c’était une super série de bande dessinée des années 60 où on était déjà à l’épisode 300, et où on continuerait à écrire, à produire. Je me suis fait une liste dans un carnet où je note les noms rigolos.

J’ai commencé une autre bd plus dans le style de Poisson Gélatine. Sur Poisson Gélatine, j’étais parti plus sur des légendes d’Océanie, d’afrique. Là ça se passe au moyen âge. Je suis parti sur des légendes galloises du 11ème siècle, les mythes arthuriens. On va suivre l’histoire d’au moins trois personnes. Il y aura Gandalf


Au sujet du succès de Jamestown, qu’en penses-tu ?
Je trouve que c’est incroyable d’être tombé sur un auteur comme Christopher. Cela m’a plu tout de suite quand Gautier me l’a montré. Comme je suis là depuis le début, les personnes qui viennent bosser dans Turkey, je les connais d’habitude, mais là, ce n’a pas été le cas. Gautier est arrivé avec les planches de Christopher, je ne l’avais donc jamais rencontré et cela m’a beaucoup plu, tout de suite. Je trouve qu’il mérite totalement son succès, et c’est très bien pour l’association. Et je conseille à ceux qui auraient acheté Jamestown et qui n’auraient pas mis le nez dans le Turkey Comix 16, de regarder les grands dessins de Christopher qui sont vraiment superbes. C’est une série, que Christopher a appelé les géants. Superbe…

Entretien en association avec la Librairie Le Caniveau - 28 rue la condamine - 75017 Paris