The Hoochie Coochie avec Gauthier par nicolas le 10/10/2008

Bonjour Gauthier, rapide présentation des éditions The Hoochie Coochie ?

Depuis l’an dernier, nous avons changé d’équipe éditoriale, avec l’arrivée de Claire, ma compagne en tant que fabricante, Alex Balcaen qui travaille par ailleurs à l’Association et Romain Mollica qui est libraire chez Folies d’encre à Saint-Denis. Nous sommes donc quatre éditeurs. Nous faisons des choses plus pointues tout en gardant l’identité de la linogravure, créée en 2003.

Nous avons commencé en 2002 avec Turkey Comix. En fait, au début c’était Turkey Magazine. Nous pensions que ça allait être un fanzine avec un ou deux numéros, et que ça allait s’arrêter après. Il se trouve que non. Nous avons du monter une structure : The Hoochie Coochie. The Hoochie Coochie est un terme d’argot de blues désignant la vie de bohème, d’où le logo avec le petit bonhomme à plusieurs têtes en forme de guitare. Cette idée vient du fait qu’avec Tarabiscouille, nous avons commencé par faire du blues ensemble.


Qui a eu l’idée ?

le n°1 de Turkey Comixle n°1 de Turkey Comix

C’est l’ancien maquettiste de Turkey Comix : Olivier Frampas, ancien élève des arts déco ayant travaillé avec Christian Mattiucci. Il a apporté de la rigueur graphique, des nouvelles façons de faire au niveau de la gravure. On s’est retrouvé également avec Anne-Laure Courtès et Sarah Fennech qui avaient fait un DMA reliure d’art à Estienne. La reliure a été faite au départ à la main, cousue main, perforée à la main, et ce pour 200 exemplaires, édité trimestriellement.Maintenant on ne peut plus du tout le faire. De mon coté,j’ai calculé récemment que je passe un mois complet par an devant la presse pour imprimer les linos. On va garder la lino pour Turkey Comix et deux ou trois projets qui vraiment le réclament. 

C’est une façon de vous différencier ?
Oui. Nous avons envie de garder un côté lino. Cela va prendre la forme d’ex-libris, moins lourd à imprimer qu’une couverture. Nous voulons dans tous les cas garder notre empreinte génétique qu’est la linogravure

Avec ce format broché ?
Nous sommes contents, la fabrication est très bien. On va pour autant avoir un premier album dont la couverture va être cartonnée, le prochain album de Christopher : Les Déserteurs. Nous avons envie d’avoir un aspect très « clean », de mettre en valeur les grandes compositions allongées. C’est tout l’enjeu de la fabrication du livre.  

Quels sont vos rôles respectifs au sein de l’équipe éditorialiste ?
 
Nous sommes trois à être vraiment impliqués. Romain qui est libraire est moins impliqué dans le pôle éditorial. Il prend quand même part aux décisions, sur ce qu’on publie, sur ce qu’on ne publie pas. Moi, je suis un peu l’homme à tout faire : je m’occupe de la relation auteur, de la distribution, de l’impression. Claire s’occupe de toute la fabrication. Alex, lui, de la distribution. Nous travaillons actuellement avec des auteurs australiens, canadiens. Dans le dernier Turkey Comix il y avait une dizaine de nations représentées. La présence d’Alex nous confère plus de solidité : il a de l’expérience éditoriale et apporte un savoir faire au niveau de la distribution, car nous souhaitons rester indépendant dans ce domaine. C’est une force pour nous de ne pas être noyé dans la masse du panel d’éditeur que possède un distributeur. Cela permet aussi de garder les pieds sur terre sur le nombre de tirage à faire.

Prix de la bande dessinée alternative, Angoulême 2008Prix de la bande dessinée alternative à Angoulême 2008

Nous allons par exemple rééditer JamesTown à 1000 exemplaires – après 500 exemplaires pour la première impression – les autres bouquins, on tire à 500 exemplaires au minimum, ce seuil est nécessaire que les auteurs puissent demander une aide au CNL pour leur album suivant. De notre coté, nous préférons travailler avec peu de libraires mais bien, et d’éviter le problème de sur-engorgement des libraires au niveau des titres. C’est vraiment un choix, on essaie de le tenir au maximum. On pourrait penser qu’avec le temps, on va être tenté de se rapprocher d’un schéma plus classique, mais non ! D’ailleurs, il y a eu un précédent historique au niveau des éditeurs qui géraient en propre leur distribution, et qui l’ont abandonné, c’était le grand Futuropolis. A partir de ce moment là, l’éditeur a commencé à se planter. Pourquoi ça marche aussi bien à l’Association ? C’est parce qu’ils ont participé à la création d’une structure qui permet de distribuer leurs créations. Nous préférons faire trois ou quatre bouquins par an, les faire bien, prendre le temps de les distribuer, et par contre, vous les libraires, en contrepartie, vous allez prendre le temps de les faire vivre dans vos librairies.

 


Comment se passent vos relations avec les autres éditeurs alternatifs ?
 
Il y a de nombreux points d’échange et des visions communes. Par exemple, en début d’année à Angoulême, il y a eu le problème des stands des éditeurs alternatifs qui ont été réduits. Avec quelques autres éditeurs, nous avons commencé à mener une fronde et on s’est retrouvé très vite solidarisés. De plus, je participe au Comix Club qui est la revue critique de Groinge de nombreux éditeurs l’utilisent comme tribune pour leurs idées sur l’édition. Il y a eu par exemple des écrits interposés avec le compère Wandrille - de Warum - c’était assez polémique. Nous avons vraiment l’idée de trouver tous les moyens pour se fédérer. Il y a un vrai dialogue qui est toujours ouvert. Par exemple, à partir de lundi il y a Jérôme Leglatin du Bicéphale - petite maison d’édition bordelaise - qui vient sur Paris pour la réunion de préparation à Angoulême. Il va rester à la maison, et pendant deux jours je sais qu’on va discuter de beaucoup de choses.

Il y a également des contacts avec des « majors » Indépendants. Notre premier soutien public c’est Jean-Louis Gauthey de Cornélius. Il nous soutient car il sait que ce sont les petits éditeurs qui fournissent les futurs talents de demain et donc de sa maison d’édition. Nous avons également un canal de dialogue ouvert avec l’Association, il y a déjà notamment Alex Balcaen qui travaille chez nous. Je travaille aussi beaucoup avec Philippe Marcel de la Cafetière parce que je suis en train de faire un album chez eux. On participe aussi à Littératures Pirates qui a lieu au marché de la poésie place Saint Sulpice avec les livres de Cornélius, et Ego Comme X, l’Association et le Frémok.

Et avec les autres éditeurs traditionnels ?

non. Ce sont des structures qui ne sont plus du tout de la même échelle, elles n’ont pas les mêmes ambitions, le contact ne s’est pas fait naturellement jusqu’ici. Après, je ne vais pas aller leur cracher dessus ou les poignarder dans le dos, il y a une sorte d’ignorance entre nous.

sans titre de Cyril Fournysans titre de Cyril Fourny

C’est l’évolution naturelle de certaines personnalités, mais ce n’est pas le cas de tout le monde, et ce n’est pas donné à tout le monde. Il y a également les questions d’ego, par exemple, Throndheim, Sfar,David B. … Ce sont des personnalités qui prennent de la place. Ce n’est pas notre cas ! Si nos auteurs ont envie d’aller voir ailleurs parce qu’ils ont envie de vivre de la bd, je le comprendrais tout à fait et je ne leur en voudrais pas. Le plus loin (dans le temps), c’est le mieux en tout cas ! (rires). Nous essayions avant tout d’instaurer une relation de confiance et de travailler sur le long terme. Si nos auteurs nous ont fourni du super boulot, nous, de notre coté, on soigne leurs bouquins, on essaie de les faire vivre, on va améliorer la qualité des tirages.

Quelles sont tes relations avec tes auteurs ? Serais-tu prêt à les « partager » avec des éditeurs traditionnels, un peu comme l’a fait l’Association ?
c’est l’évolution naturelle de certaines personnalités, mais ce n’est pas le cas de tout le monde, et ce n’est pas donné à tout le monde. Il y a également les questions d’ego, par exemple, Throndheim, Sfar, David B. … Ce sont des personnalités qui prennent de la place. Ce n’est pas notre cas ! Si nos auteurs ont envie d’aller voir ailleurs parce qu’ils ont envie de vivre de la bd, je le comprendrais tout à fait et je ne leur en voudrais pas. Le plus loin (dans le temps), c’est le mieux en tout cas ! (rires). Nous essayions avant tout d’instaurer une relation de confiance et de travailler sur le long terme. Si nos auteurs nous ont fourni du super boulot, nous, de notre coté, on soigne leurs bouquins, on essaie de les faire vivre, on va améliorer la qualité des tirages.

Pendu haut et court main dans la main avec Judas de GotpowerPendu haut et court main dans la main avec Judas de Gotpower

Quel est le lecteur type des éditions The Hoochie Coochie ?

C’est plutôt très large. Rien que sur les trois bouquins que nous avons sorti, nous avons avec Tarabiscouille, Christopher et Gérald, trois personnalités radicalement différentes, et à l’arrivée trois bouquins radicalement différents. Jamestown est déjà plus grand public, que Poisson Gélatine ou Victor Anthracite. Pour autant, j’ai eu des surprises sur les festivals, avec des demandes de titres inattendues. Après nécessairement quand on fait de la bd à petit tirage, avec une autodiffusion dans des librairies de quartier, il faut s’attendre à un public bobo assez citadin, étudiant. De notre coté, on s’efforce de pratiquer des prix peu excessifs – à l’exception peut-être de Jamestown afin de faciliter l’accès à nos bouquins. C’est la raison pour laquelle nous avons continué les couvertures faites maison, moins chères. Il y a vraiment une logique d’accessibilité aux livres.

Quel est ton regard sur Jamestown ? Sur son succès ? Es-tu surpris que sa première édition de 500 exemplaires ait été écoulée aussi vite ?
Nous avons vu le succès venir, mais pas aussi vite. Il a été publié fin octobre, mis en librairie fin novembre. Tout s’est déclenché après Angoulême, au moment où Joseph Ghosn qui travaillait encore aux Inrockuptibles, a fait un article d’une page sur Jamestown. Nous avons eu ensuite des commandes tous les jours. C’est très bien pour Christopher, il a eu des opportunités de partir en Belgique pour faire des dédicaces.

Tarabiscouille intervient : c’est surtout bien pour le compte en banque de l’association. Là y’a un moment où il faut arrêter de raconter des conneries.
C’est le point un peu difficile à gérer et c’est un pari qu’on fait. C’est vrai que 1000 exemplaires, une fois qu’on a écoulé les 500 premiers, c’est un risque. Nous sommes contents de le prendre en tout cas.

Tarabiscouille intervient encore : ça fera des trucs pour allumer le feu cet hiver

D’autres projets à court-termes ?

Il y un changement de fond, Dame Pipi la revue auto éditée de Gérald Auclin, va devenir la deuxième revue de The Hoochie Coochie. Il amène son fond de caisse, et nous mettons de l’argent pour permettre de tirer à plus d’exemplaires – de 100 à 300 exemplaires – et d’être mieux distribué. A l’heure où il y a beaucoup d’éditeurs qui délaissent la revue, nous faisons le projet contraire, avec deux revues, chacune avec un contenu différent, un rédacteur en chef différent. Je suis le rédac de Turkey Comix et Gérald est le rédac de Dame Pipi. Il n’y a pas les mêmes auteurs aussi. Nous aimons la revue, car c’est un travail collectif, même si éditorialement parlant cela demande vraiment un énorme investissement, car il y a les auteurs qui scannent mal leurs planches, les auteurs qui font un truc et qui ne sont pas surs d’eux etc. On va aussi proposer Dame Pipi pour le prix de la bd alternative à Angoulème cette année, Turkey ayant été primé. Pour nous c’est un challenge, c’est une revue dans laquelle je crois pas mal, Gérald est un super bon rédac chef, il y en n’a pas beaucoup des comme lui à l’heure actuelle !

Et pourquoi le passage trimestriel à annuel ? Un tirage annuel pour une revue cela ne fait plus trop revue ?

GotpowerGotpower

Il y a un côté anthologie, je suis d’accord mais en même temps c’est un choix. Sur un an, nous avons le temps de récupérer plus de bon matériel, de soigner d’avantage l’objet et de consacrer du temps au bouquin. De plus, par rapport à une revue classique, c’est différent car nous n’avons pas de séries qui se suivent, il n’y a donc pas besoin de périodicité courte.
Le projet suivant est notre première traduction. Jamestown était une traduction mais faite par l’auteur lui-même. Là c’est notre première traduction en tant que telle. C’est Francis Bear de Greg Mackay qui est l’auteur australien qui fournit pas mal de planches dans Turkey Comix. Ce sera un genre comique. On a un plaisir assez jouissif à travailler dessus. Nous avons les planches en main mais il faut faire un choix dans les gags qu’il nous propose. Il y a également le problème de la traduction. Ce sont des gags qui marchent bien en anglais – en australien plus exactement – mais après il faut les transposer en français. Pour les autres projets, plusieurs auteurs de Turkey Comix nous ont présenté leur travail, mais personne n’a un projet clé en main sur lequel on a flashé complètement.

Enfin, il y’a une petite exclue, c’est que nous lançons une troisième revue. Elle ne va pas du tout être distribuée pour le grand public. C’est un comics de super héros, fait en tandem avec Tarabiscouille. Nous sortons aujourd’hui le premier numéro, a priori annuel. Ce sera un cadeau gratuit pour les adhérents de l’association The Hoochie Coochie.


Entretien en collaboration avec la Librairie Le Caniveau - 28 rue la condamine - 75017 PARIS