Etienne Davodeau et "Lulu Femme Nue" par caroline le 07/01/2009

Né en 1955, Etienne Davodeau a étudié les arts plastiques à Rennes avant de se lancer dans la bd en 1992 avec "L’homme qui n’aimait pas les arbres" dans la nouvelle collection pour jeunes auteurs, génération Dargaud. Depuis, il alterne albums pour enfants et récits du réel. Ses histoires ancrées dans le quotidien offrent des portraits bien vivants de gens ordinaires et pourtant passionnants.

Comment avez-vous commencé dans la bd ?

J’ai toujours dessiné. Le dessin a toujours fait partie de ma vie, comme une nécessité, telle que manger, dormir. La bande dessinée, je l’ai d’abord abordée en tant que lecteur, comme tout le monde. Puis j’ai commencé à la pratiquer seul, de façon assez confuse. Je ne viens pas d’un milieu où le livre est très présent. Jamais dans mon enfance je n’ai eu l’occasion de parler avec une autre personne nourrissant le même intérêt que moi pour la bande dessinée.

Quand j’ai compris que les gens qui réalisaient ces livres le faisaient en tant que métier, j’y ai vu une échappatoire -inaccessible, sans doute, mais la naïveté présente quelques avantages- pour échapper à l’usine qu’on me promettait si je ne travaillais pas bien à l’école, ce qui était le cas.
Ma pratique a commencé à l’adolescence pour s’intensifier et exploser durant mes études d’arts plastiques à Rennes II où je m’y suis jeté à corps perdu avec quelques camarades aussi passionnés que moi. Rétrospectivement, je me dis que c’était une bonne idée, puisque les sombres usines auxquelles je semblais destiné ne m’ont pas attendu pour fermer.


Lulu, femme nue T1Lulu, femme nue T1

Etrange histoire que celle de "Lulu Femme Nue"… Qu’est-ce qui vous est passé par la tête ? Envie de tout envoyer balader parfois, vous aussi ?

 

Non, jamais, puisque j’ai le sentiment de l’avoir déjà fait en ayant choisi de vivre grâce à mes livres.
Lulu mène une vie satisfaisante d’un point de vue général. Elle a une famille, des amis, une maison. Mais le temps qui passe, l’usure des habitudes, l’accumulation de frustrations diverses l’ont recouverte d’une couche de poussière qu’elle n’a pas vue s’accumuler. Elle part, sans l’avoir prémédité. Sa décision la surprend elle-même. Elle a besoin de quelques jours à elle, comme une soupape de sécurité. On est tous sujets à cette usure, qui peut nous anesthésier doucement. La vigilance s’impose.

Et puis, il y a notre petit président énervé, qui nous rabâche qu’il faut « travailler plus pour gagner plus ». Et puis il y a ce mot « croissance » qui est devenu une espèce de religion imbécile. Lulu est sans doute une tentative de réponse à ces pathologies modernes. Elle a juste envie de temps, qui contrairement à ce que prétend un proverbe, n’est pas de l’argent.


Pourquoi ce titre ? Le lecteur va s’attendre à une histoire érotique torride et… !!!
Ha ha. Tant pis pour lui. La nudité à laquelle fait allusion le titre est celle -symbolique- que j’évoquais ci-dessus. Il s’agit de se dépouiller de saloperies posées sur nous par le temps qui passe. Lulu femme nue nous parle de ça : à quoi occupons-nous les quelques décennies que le hasard nous a accordées sur cette planète ?

Quels sont vos projets ?
Pour l’instant, ils sont de terminer le second volume de Lulu femme nue, et de poursuivre Geronimo que je réalise avec Joub chez Dupuis. D’autres projets se mettent tranquillement en place. J’aurais sûrement envie de revenir à des récits de genre documentaire et/ou reportage comme Rural ! Ou Les mauvaises gens.
J’aime alterner ces livres avec des fictions. Mais l’heure d’en parler n’est pas venue.