Jean-Christophe OGIER, Monsieur BD de France-Info par caroline le 22/02/2009

Radio France / Christophe AbramowitzRadio France / Christophe Abramowitz

Né le 14 mai 1957 à Oran, Jean-Christophe OGIER a débuté sa carrière de journaliste au sein des Radios Locales en 1982. Il rejoint la rédaction de France Culture - France Musique en 1989. Nommé rédacteur en chef adjoint en 1999 à France Info, il y assurera successivement les fonctions de rédacteur en chef en 2003 puis de directeur adjoint chargé de l'antenne. Grand défenseur de la bd depuis toujours, il assure à France Info une chronique hebdomadaire sur ce thème, et a également initié le prix France Info de la bd d’actualité. Rencontre avec un vrai passionné.

Comment es-tu tombé dans la bd ?

J’ai eu la chance de naître dans une famille où l’on ne considérait pas que « lire des BD » était une perte de temps ; mieux, mon père, professeur de français, m’a offert, pendant toute ma scolarité primaire, à la fin de chaque trimestre, lorsque j’étais dans les trois premiers, un Tintin. Je le dis sans fausse modestie, j’ai rapidement eu toute la collection ; ensuite mes résultats scolaires se sont gâtés. Et puis, il en va de même pour la lecture de bande dessinée que pour le dessin. Tous les enfants dessinent, tous les enfants -ou presque- lisent des BD. En grandissant, la plupart cesse de dessiner et d’ouvrir des livres d’histoires en images. Moi, j’ai continué. Et j’ai eu de la chance. Lors du Grand Oral de fin d’études, à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble, en 1979, le hasard m’a servi, dans une pochette anonyme de papier kraft, comme texte à commenter devant une brochette d’enseignants, trois strips du "Baron Noir" de Got et Pétillon ; j’en savais bien plus sur la question que les examinateurs. Dès lors, je n’ai jamais cessé de lire des bandes dessinées.

Comment as-tu réussi à imposer le neuvième art à France Info ?
Depuis que j’ai embrassé la carrière de journaliste, j’ai en permanence cherché à préserver un petit espace professionnel pour parler de bande dessinée. L’affaire a pris véritablement tournure lorsque j’ai rejoint France Culture en 1989. J’y ai rencontré deux garçons, François Angelier et Emmanuel Laurentin, qui eux aussi nourrissaient une passion pour des genres dits mineurs : la littérature fantastique et le polar. C’est ainsi que nous avons lancé "Mauvais genres", émission qui existe toujours.

« Le neuvième art » avait alors déjà sa place sur France info, née en 1987. Lorsque le journaliste qui assurait la chronique a souhaité passer la main, la direction m’a proposé de m’en occuper. Ce que j’ai fait en relançant le Prix France Info de la Bande Dessinée d’Actualité et de Reportage qui en ce mois de janvier 2009 va être décerné pour la 15ème fois ! J’ai aussi veillé, année après année, à maintenir ou développer des partenariats pour consolider l’image de France Info, chaîne de la BD. C’est ainsi qu’après Angoulême et Bastia, France Info soutient aujourd’hui Quai des bulles à Saint Malo et BD Boum à Blois. Et demain, d’autres peut-être.


Comment choisis-tu tes sujets ?
D’abord, un rappel : je fais de la radio, sur France Info. Cela semble une évidence, pourtant, cela permet de définir les contours de ma chronique. D’abord, celle-ci doit s’intéresser à l’actualité : les sorties d’albums, les expositions et festivals, les auteurs qui font l’événement. Ensuite, mon but est de parler, chaque dimanche, pendant deux minutes, à tous les auditeurs et en premier lieu à ceux qui n’ont jamais lu de bande dessinée avant et… qui n’en liront sans doute pas après, mais qui pendant ces deux minutes se diront, du moins je l’espère, cela est intéressant. Donc, quand je parle d’un livre, je fais rarement le « pitch », comme on dit dans les émissions de promo. Je parle du style graphique, de l’esprit du récit, des intentions de l’auteur. Avec sérieux et le sentiment que la radio est un excellent outil pour parler des images. Il faut juste trouver les mots qui donnent à voir… et lire 600 BD par an, mon rythme actuel, sur les plus de 4000 nouveautés qui sortent désormais chaque année.

Des projets, des envies ?
Continuer à parler de bande dessinée à la radio, et partout où l’on m’en donnera l’occasion. Depuis un an, je collabore au magasine CaseMate, l’une des dernières revues « papier » à parler de bande dessinée ; chaque mois, sur une double page, je propose à un dessinateur de choisir une toile de maître et de nous dire en quoi elle le bouleverse ; Art Spiegelman l’a fait avec Seurat, Christophe Blain avec Picasso, Jean Solé avec Julian Freud, Moebius avec Jérôme Bosch,…

Enfin, je préside depuis quelques années l’ACBD, l’association des journalistes spécialisés en bande dessinée où, avec une sympathique bande de passionnés, nous faisons, je le revendique, du bon boulot pour promouvoir la bande dessinée. Tiens, découvrez donc le Grand Prix de la Critique 2009, "Tamara Drewe" de l’anglaise Posy Simmonds, chez Denoël Graphic. Un régal. Et allez donc voir ce que j’en ai dit en consultant la page chronique BD, Bande dessinée sur france-info.com