A Angoulême, rencontre avec le papa du Petit Spirou par Thibault le 24/03/2009

Janry à Angoulême 2009Janry à Angoulême © bdabd.com

Né en 1957 au Zaïre, Janry débarque à 10 ans à Bruxelles. Passionné de dessin, il s’inscrit dans une école d’art, où il fait ses premières armes en compagnie de celui qui deviendra son binôme : Tome. Il publie ses premières planches dans des fanzines, puis devient l’assistant de Francis, Dupa, Greg, Turk et De Groot, avant d'animer, avec Tome, une rubrique de jeux pour SPIROU ("Jeuréka"). A cette époque l’éditeur cherche à redynamiser le personnage principal de son hebdomadaire.
Pour sortir de leur routine d'assistants, les deux complices se lancent dans un projet un peu fou : faire revivre "Spirou et Fantasio" dans l'esprit des aventures qui ont bercé leur enfance. Après deux pages d'essai de "La Voix sans maître", ils vont voir Franquin qui leur donne quelques précieux conseils. Pour Tome et Janry, c'est un défi à relever dans lequel ils se lancent corps et âme.

Le dernier tome du Petit Spirou est sorti à l’occasion du festival d’Angoulême, pour vous Janry quel public est celui de la série ?

Le Petit Spirou T14Le Petit Spirou T14

Le premier public, c’est nous, avec Philippe Tome. Nous faisons cette série pour nous faire plaisir.
Les enfants nous servent de guides. Nous avons la volonté que la série soit universellement compréhensible. Pour cela, la série offre plusieurs lectures permettant de toucher un plus grand nombre de personnes.La série a été conçue pour, à travers les yeux d’un enfant, dénoncer les aberrations et les contradictions de notre «adultitude ». Nous abordons les thèmes de l’église, notre comportement avec les vieux, le racisme…
Nous avons un rôle important envers les parents. Nous voulons bonifier notre lecteur. L'Homme nait avec un vide à combler et nous essayons, en tant qu'auteurs, à travers la série, d’apporter des réponses – ou des questions – sur le comportement humain.


Des idées d’évolution pour la série ?
Notre public évolue, les gens qui ont découvert la série il y a 15 ans ne sont plus les mêmes aujourd’hui. La série n’a donc pas forcément besoin d’être en perpétuelle évolution, il nous suffit de piocher des idées dans les faits de société.
Avec Philippe nous avons plusieurs idées dans le monde de Spirou mais cela reste des projets. Je préfère ne pas en parler.

Le Petit Spirou fût une série novatrice par les thèmes qu’elle aborde pour une série publiée dans le journal de Spirou. Est-ce que ça a été difficile de l’imposer ?
Effectivement, les séries proposées habituellement chez Dupuis n’abordent pas de manière aussi franche les problèmes sensibles de la société. Nous avons proposé notre projet, nous avons ensuite dû gagner la confiance de notre éditeur.
J’espère que le travail que nous avons accompli a permis à d’autres séries par la suite d’aborder d’autres sujets «sensibles». Je sais cependant que si nous n’avions pas proposé le Petit Spirou, une autre série aurait permis de franchir le pas.

Janry & Team BdabdJanry & Team Bdabd © bdabd.com

Pourquoi ce passage du « Grand » Spirou au Petit Spirou ?

Avec la série originale de Spirou, nous étions soumis à un cahier des charges bien précis, nous devions respecter l’histoire du personnage. Il était important de respecter le lecteur de Spirou, nous ne pouvions pas tout chambouler en reprenant cette série. Le Petit Spirou nous a permis de créer notre univers propre avec peu de barrières. Nous avons apporté notre touche personnelle à la série. L’écriture des premières pages de la série Spirou ne s’est pas faite tout de suite. Nous étions jeunes à l’époque mais nous savions que nous devions faire preuve d’une grande humilité face à cette série. Nous avons commencé par faire de nombreux croquis afin de bien s’imprégner de l’univers de la série, mais également afin que le lecteur s’y retrouve.
Une fois notre sujet maîtrisé, nous nous sommes permis de le moderniser et d’apporter à la série notre touche personnelle.

De ce point de vue, le changement le plus marquant est sur l’album "La machine qui rêve" où vous avez complètement changé de dessin. La décision a du être difficile ?

 

Effectivement, cet album a été compliqué à mettre en dessin, l’histoire est tellement particulière. Nous voulions faire un dessin qui marque les esprits face à la vague Manga qui déferlait en France.
Ce dessin m’a mis mal à l’aise, je me posais la question en permanence de savoir si c’était encore du Spirou et si je ne trahissais pas le lecteur. J’ai eu la réponse, en écrivant quelques planches en Martinique et un gars a reconnu Spirou. Cet album est un vrai défi : arriver à faire un album très noir dont le héros n’est pas Spirou.

Le Spirou s’est ouvert à de nombreux auteurs aujourd’hui à travers les hors-séries, qu’en pensez-vous en temps qu’un des pères de cette série ?
Il est vrai que je me sens responsable de la tournure que prend la série, bien que j’ai arrêté d’écrire pour elle. Tous ces hors-séries sont écrits par des auteurs très bons mais, pour moi, ces épisodes sont des hommages. A ce titre, il faut que quelqu’un garde les rênes et contrôle l’avenir de la série afin de ne pas la laisser s’éparpiller dans toutes les directions.
Velhman et Johan sont les nouveaux auteurs du «Grand» Spirou et c’est important qu’il y ait un auteur dans l’avion. Je sais qu’ils feront du bon boulot.

 

Rencontre animée par Anne-Laure, Géraldine, Sylvain et Thibault