Lors de notre Angoulême 2009, rencontre charmante avec Maryse et Jean-François Charles, sur l'actualité du moment "War and Dreams", mis en parallèle avec leur dernier succès "Indian Dreams" chez Casterman.
Maryse, Jean-François, dans l’ensemble de vos séries, il y a le thème du voyage. Comment travaillez-vous le scénario ? Voyagez-vous-même sur les lieux, où faites-vous plus une recherche de documents ?
Maryse: Nous travaillons d’abord sur place. Nous nous sommes par exemple déplacés trois semaines en Inde. C’était très important pour ressentir l’atmosphère. Là-bas, c’était une vision très différente, triste. Nous ne pouvons cependant pas juger en tant qu’occidental. On ne comprend rien sinon. Il faut donc chercher à s’immerger. Un jour par exemple, nous marchions dans la rue. Une foule dense arrive subitement, portant un homme, mort. Ce sont des moments difficiles à vivre, qui ne permettent pas de rentrer en France comme s’il ne s’était rien passé. Jean-François ne peut pas dessiner tout de suite. Il faut du temps pour intégrer, voir même ingurgiter. Pour autant, cela permet d’avoir une expression de l’atmosphère plus approfondie. Il y a aussi des petites histoires, que nous mettons en scène. L’histoire "Il n'y a rien à Darjeeling" est l’histoire d’une photographie. Des amis y sont allés, ont pris le train et n’ont rien vu : Il n'y avait rien à Darjeeling. Depuis, des lecteurs y sont allés, et nous envoient des cartes postales. Je prend des photos sur place, Jean-François travaille plus par des croquis.
Nous sommes également allés trois fois en Egypte. Au sujet de War and Dreams, c’est un peu différent. L’Angleterre est plus proche, et nous avons une maison sur la côte d’Opale. Cet endroit est empreint d’histoire, et plus particulièrement d’événements ayant eu lieu durant la Seconde Guerre mondiale.
Jean-François : Maryse prend sinon la responsabilité du scénario même si on y travaille à deux, et nous cherchons bien entendu des documents. Nous constituons des archives. Nous venons d’en remonter notamment sur l’Inde, car nous aimerions peut-être retravailler autour de ce pays, cette culture.
Il y a d’ailleurs une technique un peu identique au niveau du scénario entre War and Dreams, et India Dreams, avec un voyage dans le temps et les pays, entre différents personnages ?
Maryse : Oui, c’est un choix qui permet de faire voir des parcours croisés entre des individus. Certes cela rend la lecture plus difficile, mais le but est de retranscrire que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, politiquement et économiquement.
War and dreams, pourquoi ce sujet ?
Jean-François : Nos parents ont connu la guerre. Mon père a été prisonnier pendant cinq ans, il avait fait de la résistance. Un de mes oncles était américain, arrivé avec le Débarquement. Maryse et moi, sommes des enfants de l’après Guerre, nés 7 ans après. Notre enfance a été martelée par leurs souvenirs. Nous avons donc baigné dans cette histoire, dans l’Histoire. War and Dreams est un héritage de notre enfance, avec l’idée d’une réconciliation entre les nations.
Maryse : Oui, nous racontons le destin croisé de britanniques, d’américains, de français et d’allemands à une époque où la guerre pouvait parfois se conjuguer avec la passion et l’amour. Il y ainsi l’anglais, Archie, l’allemand, Erwin, Julien, le français, et Joe l’américain. Ces différents personnages nous permettent de travailler sur cette réconciliation entre nations. Mais l’histoire est avant tout l’histoire de trois amours, même si nous avons des personnages meurtris.
Jean-François : Trois histoires d’amours différentes : notamment une histoire douce, et une relation plus directe, plus sauvage pouvant être expliqué plus aisément.Nous sommes en train de finaliser le 3ème tome, avec un sujet plus grave, dont nous commençons à attendre parler aujourd’hui dans la presse. Ce sont les abus qui ont pu avoir lieu sur la population, et pas nécessairement de la part de ceux auxquels on pense à priori. Nous nous attendons à un retour de commentaires de la part des lecteurs.
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