Maëster vu par Maëster par caroline le 15/04/2009

Maëster en gros planMaëster en gros plan

Né le 7 mars 1959 à Chéragas, Algérie, Maëster commence à dessiner très jeune. Après quelques travaux alimentaires, il se lance en 1982 dans la bande dessinée et intègre l'équipe du célèbre magazine Fluide Glacial, dont il devient rapidement l'un des piliers. De son humour sophistiqué et de son trait fin naîtront des personnages haut en couleurs, qui marqueront la BD des années 1980 et 1990. Il s'agit d'Athanagor Wurlitzer, obsédé sexuel non pratiquant, et de l'enrobée, et non moins obsédée, Sœur Marie-Thérèse des Batignolles. Il reprend ensuite en 1997 le personnage de l'inspecteur Charolles, personnage récurrent avec le commissaire Bougret de la "Rubrique-à-brac" de Gotlib où Charolles apparaît (comme dans la BD initiale) sous les traits de Gotlib, et se fait assister de l'inspecteur Piggs qui n'est autre que la caricature de Maëster lui-même. Caricaturiste très influencé par Les Grandes Gueules, il aborde dans certaines de ses histoires la parodie policière et y dessine les stars du cinéma et de la télé à la manière des auteurs du magazine Mad.

Suite à son départ de Fluide Glacial après 22 ans de présence, il rejoint L'Écho des Savanes et y prépublie le sixième tome des aventures de Sœur Marie-Thérèse des Batignolles dans ce magazine qui cesse de paraître en décembre 2006. Il se retrouve alors chez Glénat, qui reprend le catalogue Albin Michel Bande Dessinée. Maester publie parallèlement les dessins de son blog aux éditions du Lombard et dans leur journal Le Strip.

Tu as commencé, parait-il, ta carrière au séminaire ? Et comment en es-tu arrivé à la débauche sexuelle d’aujourd’hui ?

Je n'ai jamais été au séminaire. Ni même inséminé. Je ne regrette ni l'un ni l'autre... J'ai commencé ma carrière dans le ventre de ma mère puisque, selon l'expression consacrée, je suis "né le crayon à la main". Ce qui a d'ailleurs fortement perturbé la sage femme, qui est devenue folle (c'est assez dramatique pour une sage femme). Elle voulait faire "visiter" ma mère en l'appelant "la grotte de la squaw" (car nous sommes des indiens pieds noirs). Ma mère a bien fait de refuser, quand on voit ce qui est arrivé à la vraie grotte de Lascaux...

Tout petit déjà, dans les marches de l'escalier (on habitait au 3ème), à moins que ce ne soit dans les marges de mes cahiers, je dessinais. Tous les enfants font ça. Moi, comme un certain nombre d'autres, ça m'est resté. C'est peut-être pour cela que certains éditeurs nous considèrent comme de grands enfants...

Je ne suis pas non plus arrivé à la débauche sexuelle. J'aurais bien voulu mais ça n'est plus fléché à partir de la Porte d'Orléans. En fait, on m'a très mal indiqué la route et j'ai dû m'égarer en chemin. Sinon, vous pensez vraiment que je ferais des histoires de bonne soeur et de couvent ? D'ailleurs, si quelqu'un peut m'envoyer un plan détaillé pour y arriver, je suis encore preneur.

Soeur Marie ThérèseSoeur Marie Thérèse


Tu es fidèle depuis toujours à Fluide Glacial… Envie d’aller voir ailleurs parfois (ça restera entre nous promis !)?
 
Je ne suis absolument pas fidèle à Fluide, j'y ai été séquestré pendant plus de 20 ans. A l'époque où j'ai été capturé (en 82, 83), nous n'avions bien évidemment pas le droit d'aller voir ailleurs, nous travaillions enchaînés dans des caves sans ouverture, à des cadences infernales. Nos communications étaient surveillées, les tentatives d'approche d'autres éditeurs se heurtaient à la vigilance de la direction et nos courriers étaient lus par le patron et éventuellement censurés le cas échéant. Notamment, les lettres de fans énamourées.

J'ai appris des années plus tard qu'une grosse boîte de production cinéma avait vainement essayé de me contacter pour que je devienne une star internationale (ou que je réalise des jaquettes de cassettes vidéo, je ne sais plus trop). Je ne l'ai su que lorsque les cassettes vidéo sont devenues obsolètes, de toute façon...

Le premier An PireLe premier An Pire

Pendant longtemps, j'ai essayé de faire passer des appels à l'aide de messages codés dans les marges de Fluide mais tout le monde s'en foutait. J'ignorais jusque il y a peu l'existence d'autres maisons d'édition, aussi prestigieuses fussent-elles.

C'est à l'occasion des festivals de BD que nous avons commencé, avec quelques complices, à creuser des tunnels vers d'autres éditeurs. Mais nous savions que la sentence pouvait être terrible ; si vous étiez pris à faire quelques dessins pour la concurrence, vos droits sur les ventes d'albums chutaient dramatiquement, jusqu'à ce que, affamé et piteux, vous décidiez de vous rendre et de recommencer à travailler dans la cave. Certains en sont morts (je ne cite pas de noms mais ils se reconnaîtront)...

J'ai essayé une fois de faire quelques pages dans un collectif à propos d'Eddy Mitchell, mais j'ai une famille et un banquier à nourrir, j'ai très vite compris que si je voulais m'échapper, il fallait que je le fasse une bonne fois pour toutes. C'est en 2003 ou 2004, à la faveur d'un changement de direction (je veux dire que le directeur avait changé, pas qu'on avait tourné le volant) que j'ai réussi à m'évader. Je suis allé trouver refuge chez Albin Michel qui a préféré devenir Glénat pour que l'on perde ma trace. Heureusement, personne ne se doute que sous le pseudonyme de Maëster chez Drugstore (un label Glénat pour brouiller encore plus les pistes) se cache le Maëster qui a débuté dans Fluide... Le fait de garder le même nom est une ruse supplémentaire, personne ne pouvant penser que je serais assez bête pour cela.


Quels sont tes projets ?
Je vais faire une blanquette de veau, c'est un peu long mais c'est excellent, surtout avec un costière de Nîmes "vieilles vignes".