Véritable phénomène, les bandes dessinées sur internet font désormais partie de notre quotidien. D’abord marginalisées, elles sont désormais publiées par de grandes maisons d’édition. Des fans de plus en plus nombreux, des dessinateurs comme Penelope Bagieu ou Martin Vidberg devenant de véritables icônes, il ne fait plus aucun doute que le blog BD est en pleine effervescence. Faisons un état des lieux sur ce qu’on appelle outre-Atlantique les webcomics.
Historique
La B.D sur internet a connu ses premiers jours notables aux États-Unis. C’est en 1986 que les premières tentatives ont fait leur apparition : The fox (1986) ou encore Docteur Fun (1993) marquent le début de ce nouveau genre. Argon Zark, le webcomics de Charley Parker qui fut lancé en 1995 continue à être publié jusqu’à nos jours et est la bd la plus ancienne sur internet. Déjà à l’époque, cette bande dessinée utilisait des techniques toujours employées par les auteurs aujourd’hui : utilisation de tablette graphique, javascript, animations flash, planches au format horizontal, etc.
A partir de 1997, le phénomène s’étend au japon (avec les e-mangas) et en Europe avec des initiatives telles que celles des auteurs de Fluides glacial qui créent la rubrique @Fluide qui est déclinée en site internet en 2000. Il faut attendre 2001 pour voir le premier webcomic francophone : Lapin de Phiip. Une bd qui tourne autour de l’humour absurde.
Si aux États-Unis, les webcomics ont tout de suite profité d’un climat morose des comics en version papier, c’est l’inverse qui s’est produit en France. Les chiffres du marché de la bande dessinée traditionnelle étant au beau fixe (publication en hausse en 2008 de 10% pour la 13ème année consécutive), les maisons d’édition ont préféré adopter une position attentiste afin de voir comment allait évoluer ce nouveau mode d’expression.
C’est Dargaud qui se lance le premier, en 2005, dans la publication d’albums de bande dessinées en ligne. C’est alors la consécration pour les auteurs de bd qui étaient jusque là majoritairement des amateurs. D’ailleurs, la même année aura lieu le premier festival de blog BD : le Festiblog (la 5ème édition aura lieu les 26 et 27 prochains). Le but de ce festival est de promouvoir cette génération de jeunes auteurs qui publient sur internet et espèrent trouver une maison d’édition. Notons cependant qu’il ya certains auteurs pour lesquels les dessins sur leur blog est une fin en soi.
Caractéristiques
Les sujets abordés dans un webcomics sont très variés. Un nombre important de blog BD raconte, de façon périodique, le quotidien de leur auteur ou ce qu’on appelle des « tranches de vie ». Cela n’est pas pour autant une règle. On peut aussi retrouver des illustrations ou des fictions. Contrairement à la bande dessinée traditionnelle, la bande dessinée sur internet n’a pas, la plupart du temps, un dénouement. En effet, les personnes sont présentées sans fil directeur d’un jour à l’autre ou dans des situations complètement différentes d’une planche à l’autre.
Cet apparent manque de cohésion n’empêche pas à ces planches sur le web de rencontrer leurs fans. La popularité de ces supports s’est d’ailleurs accrue avec la reconnaissance du milieu traditionnel. En 2006, Lewis Trondheim obtint le prix de la ville d’Angoulême et fut nominé pour le prix du meilleur premier album avec son ouvrage Le blog de Frantico. Un autre élément de mesure de cette popularité est le Festiblog qui a réussi, en invitant 110 auteurs, à attirer en 2008 5000 visiteurs en deux jours. Une aubaine pour les auteurs et les éditeurs ?
Interêt des blogs BD
Le principal intérêt pour les jeunes artistes est clairement de se faire remarquer par une maison d’édition. Les dessins qu’ils diffusent sur leur blog étant gratuits, ils ne peuvent pas vivre de cela. Les revenus publicitaires n’étant pas assez importants pour ce faire. C’est donc une vitrine pour leur travail et un moyen de montrer ce dont ils sont capables.
Les maisons d’édition prennent ainsi moins de risque avec des auteurs qui sont déjà connus sur internet et qui ont déjà publié de nombreuses planches, permettant de bien comprendre leur univers graphique et scénaristique. Des auteurs tels que Martin Vidberg ou Paco ont été publié chez des maisons d’édition traditionnelles après avoir connu la gloire sur internet. C’est le même modèle qu’on voit s’appliquer dans l’industrie musicale avec les jeunes talents repérés grâce à une vidéo sur youtube ovationnée par des milliers d’internautes.
Un moyen de se faire connaitre gratuitement, une réduction de la prise de risque pour les éditeurs, les bandes dessinées sur internet semblent sur un modèle vertueux et sans faille. Ce qui n’est pas vraiment le cas.
Le revers de la médaille
Passer du blog à la bd « papier » s’avère être un exercice très délicat qui ne réussit pas à tous les blogs BD. Des bandes dessinées extraordinaires sur internet peuvent faire des BD moyennes en version papier.
La lecture n’est pas toujours aisée et la mise en page peut s’avérer déroutante pour le lecteur. Surtout pour un lecteur de bd traditionnelle qui est habitué à une certaine unicité de l’univers et du scénario. Chose qui est souvent absente dans une bande dessinée élaborée pour être publiée sur internet dans un premier temps avant d’être éditée sur papier. Certains éditeurs ont d’ailleurs mis en place des formats spécifiques pour la publication de blogs BD.
C’est le cas des éditions Marabout pour la sortie de la BD Maé de Paco ou de Margaux Motin et son album J’aurais aimé être ethnologue. Cela pourrait être une solution à envisager à l’avenir pour ce type particulier de bande dessinée. Avenir qui se trouve dans les choix des formats par les lecteurs, c’est-à-dire : vous !
Quel est votre avis sur ce nouveau phénomène ? Quel est votre blog BD préféré ? N’hésitez pas à donner votre avis sur le forum dédié à ce sujet.

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