Depuis quelques années déjà, le manga fait partie du paysage littéraire français. Art japonais avant tout, il a su tout d’abord conquérir le cœur des fans de la première heure avant de s’adapter au marché français afin de devenir un acteur majeur du 9ème art qui arrive à réunir des amateurs de plus en plus nombreux chaque année. Revenons sur les origines de ce genre nippon, ensuite retraçons son arrivée dans l’hexagone et enfin, essayons de voir quelles sont ses perspectives à moyen et long terme.
1. Origine
Je vais vous surprendre ! Le manga est un art d’origine japonaise et le japon est un pays d’Asie. Ce fait incroyable me permet de vous dire que le mot manga n’a donc rien de francophone. C’est un terme japonais qui signifie « image dérisoire », signification qui se rapprocherait plus de ce qu’on appelle caricature en
français. En effet, le manga est considéré comme faisant partie de la vie quotidienne des japonais et les premières œuvres étaient surtout des caricatures de la vie des japonais. D’ailleurs, le terme "manga" est né dans l'oeuvre du peintre HOKUSAÏ Katsuhika qui, de 1814 à 1834, créé des caricatures, les Hokusaï Manga. En général, un manga est pré-publié dans d’énormes magazines de plus de 300 pages. Ces hebdomadaires ou mensuels regroupent une quinzaine d’histoires. Les lecteurs disposent d’une carte-réponse pour donner leur avis. Le stress total pour le dessinateur…ou la gloire absolue. C’est avec le soutien des lecteurs qu’une série peut par exemple s’allonger sur des milliers de pages. Une autre différence que vous n’avez surement jamais remarqué c’est que le manga est en noir et blanc et le sens de lecture est inversé par rapport à la bd dite traditionnelle. Allez, sortez votre calepin, et allons à la découverte de quelques dates mémorables dans l’histoire du manga.
Le premier magazine satirique consacré à des dessinateurs japonais, le Tôkyô Puck, apparaît en 1905. En 1909 naît l'éditeur Kôdansha, qui lance des mensuels illustrés pour jeunes garçons, pour jeunes filles, et pour les petits. La période des années 20 est charnière : le manga paraît d'abord dans ces magazines puis en recueils, et un réseau de librairies spécialisées est créé. Après 1945, TEZUKA Osamu transforme le manga, qui connaît un formidable renouveau. En 1957, apparaît une autre sorte de manga, le gekiga, BD d'aventures réalistes, en opposition à TEZUKA ou au manga d'humour. En 1961, TEZUKA se lance dans le cinéma d'animation. C'est le début des liens entre BD et télévision.
Tel le pain aux raisins n’existerait pas sans les raisins, le manga n’existerait pas sans les mangakas ! Ce n’est pas le nom de code d’une opération militaire, mais le titre donné aux génies qui dessinent les mangas. On aurait du mal à croire que ce sont de simples êtres humains. Par exemple, un mangaka peut dessiner 200 pages en deux mois, quand un dessinateur de BD franco belge met parfois un an à achever un album de 72 pages ! Vous me direz c’est parce que les auteurs japonais sont tous dopés à l’EPO ? Erreur ! Cela n’est possible que grâce à une industrialisation du processus de production du manga. En effet, un mangaka est entouré d’une équipe assez importante d’assistants. Plus un mangaka est célèbre et plus le nombre d’assistants sera important. A tel point que certains mangakas ultra connus n’ont même plus besoin de dessiner. Leur simple charisme et leur aura suffit à inspirer la foule d’assistants à leur service. Il y a des assistants dans tous les domaines du dessin : couleur, décors, texte, encrage, etc. Chaque assistant étant spécialisé dans un domaine précis…en attentant de connaitre la gloire à son tour.
Tous ces ingrédients font la spécificité du manga qui est fait partie du quotidien des japonais depuis plus d’un siècle. Il a fallu attendre la fin des années 70 pour voir ces chefs d’œuvre arriver sur nos tables de lecture…enfin, pas exactement sur nos tables…
2- Le manga pose ses valises en France
En effet, le manga a tout d’abord été connu sous forme de vidéo en France. Je vois déjà les puristes me taper dessus. Un manga animé ou un mangé vidéo ça n’existe pas. On parle plutôt d’anime. Je dirai donc, pour être juste, que ce sont les animes qui ont su ouvrir le marché européen aux mangas. Qui a osé oublier les génériques de début des dessins qui ont changé à jamais la face du 9ème art français : le roi léo et Astro le petit robot ? Personne ? Ok je peux continuer cet article. C’est donc un dessin sur un lion (qui inspirera le roi lion plus tard, merci Disney !) et un petit robot plein de charme qui feront découvrir au grand public européen toute la fantaisie et l’originalité de l’univers des mangas. Le succès de ces animes ouvrira la porte, dans les années 80, à d’autres dessins animés qui deviendront cultes : Goldorak, Candy, Princesse Sarah, les cités d’or ou encore l’excellent Albator (oh yeahh !). Mais tout cela n’a pas conduit immédiatement les mangas à être édités dans le pays de Molière.
Il faut attendre 1990 et la prise de risque par Glénat avec le magnifique manga Akira du mangaka Otomo pour voir enfin le premier manga dans les librairies. Un début difficile pour le manga auprès d’un public habitué à des formats de BD différents. Mais Glénat n’avait pas dit son dernier mot. En 1993, une bombe est lancée sur le marché, un véritable kaméhaméha déferlant sur tous les critiques qui voyaient le manga d’un mauvais œil jusque là. Vous avez compris, il s’agit de Dragon Ball, édité en format de poche qui changea définitivement le destin du manga en Europe et en France. Le petit garçon avec une queue et un bâton magique a réussi à traverser les frontières pour s’imposer comme un héro auprès des enfants en France. Il parvint à se faire sa place aux côtés d’Astérix, tintin ou spirou. Un vrai coup de force réussit par Glénat. Dès lors, tous les éditeurs se lancent dans ce genre nouveau avec plus ou moins de succès selon les cas. Mais une chose est sure : c’est que le manga est arrivé aujourd’hui à une proposition éditoriale vaste et diverse sans être encore exhaustive. Chaque année, une nouvelle perle est découverte, un nouveau genre est mis en avant et les fans répètent la même chose : « Encore ! Encore! ».
Parlons un peu de chiffres pour voir concrètement le poids du manga en France. Ceux qui n’aiment pas les maths, ne vous éloignez pas, il ne sera question que de chiffres d’affaires.
3- Le marché du manga aujourd’hui
D’après l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bandes Dessinées), en 2009, la production dessinée asiatique (mangas, manhwas, manhuas et assimilés) a représenté 1453 nouvelles parutions, soit 40,45% des nouveautés (contre 1428 et 43,12% en 2007). Le plus gros producteur a été Média Participations (qui comprend entre autres Dargaud et Kana) avec 627 titres publiés tous genres confondus, suivi par le groupe Glénat (Glénat manga, etc…) avec 380 titres. Au rayon des succès commerciaux, 95 séries dessinées ont été tirées à plus de 50 000 exemplaires. Cependant on remarque que parmi elles ne figurent que 9 mangas. De plus, ces 9 blockbusters assurent à eux seuls la moitié des ventes de mangas en France, soit un profond déséquilibre ! Par ordre décroissant, ces séries sont : Naruto (220 000 exemplaires par tome, 6 tomes publiés en 2008, édité par Kana), Death Note (180 000 exemplaires, 5 tomes, Kana), Fullmetal Alchemist (90 000 exemplaires, 4 tomes, Kurokawa), One Piece (72 800 exemplaires, 6 tomes, Glénat), Fairy Tail (70 000 exemplaires, 3 tomes, Pika Edition), Samurai Deeper Kyo (66 000 exemplaires, 2 tomes, Kana), Nana (60 000 exemplaires, 2 tomes, Akata), Bleach (49 500 exemplaires, 5 tomes, Glénat) et enfin encore et toujours Dragon Ball Z (70 300 exemplaires, 5 tomes, Glénat). On notera au passage que Kana et Glénat occupent le haut du pavé avec 3 séries chacun dans ce top 9. On remarquera également que ces mangas sont quasiment tous des blockbusters bien établis. En comparaison, Titeuf a été tiré à 1 832 000 exemplaires. En fait, Naruto arrive au niveau de « Les Profs » et « Les Bidochons », tirés à 200 000 exemplaires, et placés à la 10e place des bandes dessinées. Le marché semble se resserrer un peu du côté des bandes dessinées asiatiques. Les manhwas et manhuas se sont ainsi effondrés avec respectivement 98 manhwas édités en 2008 contre 130 en 2007 et 23 manhuas édités en 2008 contre 74 en 2007. En revanche, les mangas japonais sont en nette augmentation, avec 1288 mangas publiés en 2008 contre 1152 en 2007. Depuis 2005, 1 album vendu sur 3 est un album asiatique. Sachant que 9 titres de mangas représentent 50% des albums vendus. Côté éditeurs, la tendance est également au resserrement. Le nombre d’éditeurs francophones publiant des bandes dessinées asiatiques est ainsi passé de 40 en 2007 à 36 en 2008 et parmi eux, seulement 7 tiennent l’essentiel de l’économie de ce marché en réalisant plus de 90% des ventes de mangas en volume. Ces 7 sumos sont par ordre décroissant de part de marché : Kana, Glénat, Delcourt, PikaEdition, Kurokawa, Panini et Soleil.
Ainsi, la vague déferlante des mangas sur le marché français est surtout constituée de blockbusters pour le moment. On peut alors se demander si ce genre est déjà en train d’atteindre ses limites et arrive à maturité en France.
4- Perspectives
Le manga n’est clairement plus du tout un simple phénomène de mode. Ne le dites surtout pas à un fan qui a son katana en main dans le RER et qui se dirige vers la Japan expo ! Vous risquez de le regretter. En effet, l’engouement de jeunes trentenaires pour le manga montre bien que la passion d’adolescence est restée. Même si le marché français est le deuxième au monde après le Japon, il ne représente encore qu’une goûte d’eau en comparaison du marché nippon. Shônen Jump par exemple détient le record absolu des plus forts tirages au Japon, toutes revues confondues, autour de 6,5 millions d’exemplaires ! Les ventes de BD (plus de 300) atteignent le milliard d’exemplaires. De notre côté, le marché français est désormais très dur, une compétition s’étant installée entre les éditeurs. Le manga est récupéré par toutes les grandes maisons d’édition qui ont senti le filon, d’autres se créent et parfois disparaissent (L’éditeur J’ai lu a stoppé ses éditions de manga en 2005). Cette concurrence fait que les licences sur les grands succès nippons se vendent désormais à prix d’or. (l’obtention de la licence sur le manga Death Note a constitué un véritable feuilleton dans le milieu au cours de l’été dernier) Enfin, on peut envisager que le marché risque de connaître la crise connue par le marché de l’animation japonaise en France dans les années 90 : trop de manga tuant le manga. Mais ce scénario est peu probable car le marché français reste encore un marché « neuf » et le manga est encore loin de disparaître (heureusement !) N’oublions pas qu’Akira, le premier manga à avoir été édité n’a même pas encore 20 ans. Autant dire un nouveau né face à un Tintin par exemple. De plus, le manga rencontre un tout nouveau genre de fans en France. Il y a quelques années, sortir un manga de son sac pouvait faire office de défi à l’ordre public ou de provocation. Aujourd’hui, le jeune public a des parents qui ont grandi avec des mangas. L’image du manga comme vecteur de violence qui avait causé la fin du club Dorothée est donc moins mise en avant.
La diversification du marché que l’on connaît aujourd’hui, permet de découvrir en dehors de véritables block-busters tels que Naruto ou Dragon Ball, des auteurs encore inconnus jusque là. Les festivals littéraires et cinématographiques ont sans doute joué un rôle important dans cette reconnaissance. Aussi, des auteurs tels que Jiro Taniguchi (Quartier Lointain, L’orme du Caucase…) ou Naoki Urasawa (Monster, 20th century boys) ont été récompensés au festival d’Angoulême. L’animation japonaise a également eu un rôle important : le voyage de Chihiro de Miyazaki a remporté l’Ours d’or au festival de Berlin (festival cinématographique hautement reconnu) et Innocence de Mamoru Oshii a été sélectionné en compétition officielle au festival de Cannes. Il y a un prix Asie-ACBD depuis 2007. Bref, le manga continue son petit bout de chemin en France et a encore plein de surprises à nous révéler.
J’espère que tout ceci ne vous a pas donné une folle envie de manger des sushis, car il est temps à présenter de donner votre avis sur ce genre merveilleux qu’est le manga.
C’est votre forum, alors exprimez-vous sans hésitation ! Sayonara!

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