Dossier - L'érotisme dans la bande dessinée par guy le 26/10/2009

Kama SutraKama Sutra de Manara chez Albin Michel

L’histoire de la bande dessinée érotique est une longue aventure tumultueuse qui n’a jamais eu de cesse de déchainer des passions. Au départ rejetée, puis critiquée, la BD érotique a réussi à trouver sa place dans le 9ème art et compte désormais des auteurs devenus de véritables icônes tels Manara ou Magnus. D’ailleurs, l’érotisme dans la bande dessinée ne connait plus de frontière et peu être lu en français comme en japonais à travers les fameux Hentaï. Que de chemin parcouru depuis les premiers dessins érotiques qui connurent leur heure de gloire durant l’empire romain ou grec.

Les premiers pas de la BD érotique

Si on sait aujourd’hui que les vases des romains étaient recouverts de dessins ouvertement érotiques, voire pornographiques, l’histoire de la bande dessinée érotique est relativement moins ancienne. Entre ces représentations gréco-romaines et les estampes japonaises ou encore les guides de la sexualité à l’usage du couple, le dessin érotique remonte à nos lointains ancêtres. Mais pour voir les premières véritables BD érotiques, il faut attendre le début du 20ème siècle avec les fameux « dirty comics » ou bibles de Tijuana. Ces strips courts et parfois mal dessinés qui étaient vendus sous le manteau aux Etats-Unis. Elles consistaient à reprendre des personnages célèbres de la bande dessinée.

C’est après la seconde guerre mondiale qu’on voit émerger les premières bandes dessinées de Bill Ward avec des pin-ups et des personnages de plus en plus dénudés. La sortie des magazines du type « Playmette » commencent à faire leur apparition. C’est la fin de la guerre, il fallait bien se distraire !

C’est ainsi que les premiers ouvrages de bande dessinée érotique sont publiés de façon industrielle pour la première fois. Le phénomène se propage lentement. La majeure partie de l’opinion publique ne voyait pas d’un très bon œil cette nouvelle approche du 9ème art.

Marge Simpson à la une de Playboy en novembre 2009Marge Simpson à la une de Playboy en novembre 2009

L’ère Playboy

C’est définitivement le magazine Playboy qui a permis à vulgariser la BD érotique. Ce magazine qui revendiqua un érotisme chic changea complètement l’image que pouvait avoir le grand public du monde de l’érotisme et de la pornographie. Playboy avait choisi un positionnement érotique et haut de gamme.
Cette revue faisait des couvertures de magazine avec des stars de cinéma très en vue. Elle était une façon de montrer qu’on peut très bien faire dans l’érotisme et être un citoyen « normal ». Playboy ne s’arrêta pas à l’utilisation de photos, mais invita de nombreux artistes à publier leurs histoires sous forme de BD à l’intérieur du magazine.
Cette idée fut également suivie par Penthouse et qui permit aux auteurs de BD érotique d’avoir enfin un support sur lequel il pouvait s’exprimer devant un public large et varié .Malgré tout, la BD érotique était encore confinée dans l’illégalité dans de nombreux pays jusque dans les années 60…

Barbarella de Jean-Claude Forest© Editions Les Humanoïdes associés

Les années hippies!

Woodstock, Jimi Hendrix réinvente l’hymne nationale des Etats-Unis, les pavés s’envolent à Paris. Et la BD érotique dans tout cela ? Et bien, pendant cette folle époque, la BD érotique se développe aux États-Unis (via l'underground) et en France (via des publications luxueuses d'éditeurs d'art) Aux Etats-Unis, ce sont des noms incontournables qui font leur apparition dans les années 60-70 : Crumb, Von Götha, ou encore Crepax, de véritables artistes incarnaient le mouvement de libération sexuelle. La France n’est pas en reste ! (Et comment !) Dans les années 1960, la bande dessinée érotique s'illustre au grand jour grâce à une nouvelle héroïne, Barbarella de Jean-Claude Forest, qui mêle la sensualité et la science-fiction. Elle parait tout d'abord par épisodes en 1962 dans V magazine, revue coquine de l'époque qui publiait trimestriellement, humour, photos et nouvelles érotiques. Si cette publication demeure d'abord relativement inaperçue, il n'en est pas de même de l'album publié aux éditions Eric Losfeld en 1964 qui crée l'évènement et le scandale en révélant au public une bande dessinée dépourvue de mièvrerie et réservée aux adultes. Mis en exergue par la presse, le personnage de Barbarella devient ainsi une sorte de symbole de la libération sexuelle en bande dessinée. À compter de janvier 1970, Georges Pichard crée le personnage de la pulpeuse Paulette dans les pages de la revue Charlie Mensuel dirigée par Georges Wolinski. Cette revue est la première à s'avouer ouvertement destinée aux adultes. D'autres titres suivront comme L'Écho des savanes et Fluide glacial. Permettant ainsi aux jeunes auteurs de se faire connaitre.



La collection "Osez" - Les éditions La musardine"Osez" aux éditions La musardine

Les années 80-90 : Le gel avant la professionnalisation

A partir de cette période, la BD érotique ne se donne plus pour mission de dessiner des corps en ébat. On remarque une volonté de plus en plus marquée des auteurs de produire des contenus plus complexes. Place aux scénarios bien ficelés, aux mises en scène élaborées et à une vraie psychologie des personnages. Du côté des maisons d’édition généralistes, on continue à regarder la BD érotique d’un mauvais œil. Les distributeurs ne sont pas en reste. C’est une petite éclipse que vit le secteur de la BD érotique durant les années 80. En France, il faut attendre les années 90 pour voir apparaitre des acteurs qui font face à cette mauvaise période et qui se spécialisent uniquement dans ce type de BD. C’est le cas de Tabou ou des éditions La musardine. La musardine propose des ouvrages de très belle facture avec un large éventail dans sa collection : de la bd pornographique, en passant par des ouvrages du type « guide et conseils » comme sa collection « osez ». Une de leur collection Dynamite est entièrement destinée à la bande dessinée érotique de très bonne facture. Des ouvrages d’auteurs connus du grand public, tel Baldazzini. Un véritable circuit de professionnel est mis en place au cours de ces années. Depuis 1992, le festival International de l’érotisme se tient à Bruxelles et met en avant les acteurs de ce segment de la BD. Etant vu tout d’abord comme une abomination, la BD érotique a gagné en légitimité et est considérée aujourd’hui comme un genre à côté du fantastique ou de l’aventure.

Les délices du démon - publié aux éditions BLANCHELes délices du démon - publié aux éditions BLANCHE

La BD érotique de nos jours

Depuis quelques années, le vent semble avoir tournée. Des éditeurs généralistes commencent à s’intéresser à la BD érotique. A tel point que le magazine DBD titrait son numéro de septembre 2009 : « une rentrée littéraire classée X ». De nombreux éditeurs historiques commencent à s’intéresser à l’érotisme et y consacrent des collections entières. C’est le cas de Delcourt avec sa collection Erotix. Certaines vont même jusqu’à ouvrir une maison d’édition entièrement dédiée à la BD érotique. C’est l’exemple de l’éditeur HugoBD qui lance les éditions BLANCHE qui seront entièrement dédiées à la bande dessinée érotique. Une première chez un éditeur qui a toujours été résolument généraliste. Est-ce à dire que la BD érotique est en passe de devenir une BD grand public ? On vous laisser donner votre avis sur cette évolution.