Par définition, le dessin de presse porte sur l'actualité un regard décalé. Il vise généralement à provoquer, à faire réfléchir, à émouvoir ou encore à dénoncer : bref, il capte l'attention et ne laisse pas indifférent. Parfois publié sous forme de dessin d'illustration, il peut aussi représenter l'actualité sous forme de caricature. Du latin « caricare », qui signifie « charger », la caricature a pour but d'accentuer les caractéristiques, les traits principaux d'un visage. Chaque dessinateur le fait à sa façon. De Plantu à Chappatte en passant par Cabu et Jean-François Batellier, le dessin de presse est vaste et plein de surprises. Faisons une pause pendant quelques lignes, histoire de faire un état des lieux de cet art.
Origines
Les envoyés spéciaux de bdabd sont formels : les premières traces de la caricature remonteraient à l'Antiquité. Déjà la poterie grecque déformait certains de ses personnages pour contrer les canons esthétiques de l'époque. Au Moyen-âge, les personnages grotesques, les animaux fantastiques et symboliques, les allégories se devinent dans les sculptures extérieures et intérieures des églises. Certains n’ont même pas attendu la loi sur la liberté de la presse pour faire des caricatures d’empereurs. Les chefs de l’état d’aujourd’hui, ne sont donc pas les premiers à être passés sous les crayons des dessinateurs de presse.
A la Renaissance, grâce au développement des différentes formes de gravure, la caricature et les dessins satiriques se multiplient. La caricature devient professionnelle sous le trait de Pier Leone Ghezzi (1674-1755), qui vendait librement ses dessins à Rome. Une paternité contestée puisque, selon d'autres sources, c'est un dessin paru dans le Pennsylvania Gazette qui aurait amorcé le genre de la caricature politique. On ne va pas rentrer dans ce débat et nous retiendrons donc que le dessin de presse existait bel et bien avant le 19ème siècle, même si Charb et Snut étaient encore loin de nous faire sourire à cette époque.
Avec la révolution technique du XIXe siècle, l'imprimerie se développe et malheur pour les politiciens : les caricatures ont désormais leur place dans les gazettes. Le dessin de presse devient un genre à part entière. L'agitation politique lui fournit une source d'inspiration considérable : Napoléon 1er, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe, Napoléon III se succèdent à la tête de la France. Rien n’est épargné aux têtes couronnées.
Pourtant, que l'on soit roi ou empereur, il s'agit de faire respecter son autorité. Les interdits envers les dessinateurs augmentent : certains d'entre eux ont payé cher leur insolence. Daumier, par exemple. Considéré comme l'un des plus grands caricaturistes de son époque, fut est arrêté et condamné à six mois de prison pour avoir représenté Louis Philippe sous les traits de Gargantua. (Eh oui ! il a osé !)
Les dessins passent alors de l'attaque franche à l'insinuation. De même, ils se tournent davantage vers la caricature de mœurs et la création de personnages populaires. C'est la société en général qu'ils pointent du doigt et non plus les travers d'un seul homme. Ils créent des personnages représentatifs des diverses couches sociales de la société du XIXe siècle. Il faut attendre l'abolition des lois sur la presse, le 29 juillet 1881, pour que les dessinateurs puissent exercer librement leurs critiques. Le dessin de presse profitera grandement des événements importants du début du 20ème siècle (guerre, mode, crise financière, montée du front populaire, etc.)
Evolution
Après la guerre de 1939-1945, les dessinateurs sont encore nombreux dans les journaux, ce dont témoigne André Lebon : « Chaque quotidien avait au minimum quatre caricaturistes, un pour la politique, un pour les procès, un pour le théâtre et un pour le sport. Les dessinateurs étaient présents partout, au théâtre, à l’Assemblée nationale, au Sénat, dans les congrès politiques, les cocktails mondains, les spectacles, les procès d’assises. » Aujourd’hui encore, les photos sont interdites dans les procès ; c’est ainsi que le journal Le Monde a confié à Noëlle Herrenschmidt le soin de dessiner les personnages et les lieux du fameux procès Papon.
Dans les années cinquante, les dessinateurs humoristiques font sourire les lecteurs d’une certaine presse qui reste en partie le support essentiel du dessin d’humour : Ici Paris, Noir et Blanc, Jours de France, Paris-Match ouvre ses pages aux meilleurs humoristes : Mose, Chaval, Trez.
Mais comme dans toute histoire, l’apogée cède sa place au déclin. L’essor de la photographie et plus tard l’arrivée de la télévision vont fortement réduire le nombre de dessinateurs. Ceux qui restent seront profondément marqués par le travail des Américains Saul Steinberg, Chas Addams ainsi que par celui de l’équipe du New Yorker, qui développe un humour de l’absurde sans légendes, et par celle du Punch anglais avec notamment Ronald Searle.
Dans les années soixante-dix, l’explosion de la bande dessinée ouvre la voie aux dessins d’humour développés en petites histoires ou aux comic strips (bandes en trois vignettes) : Bretécher, Pétillon, Geluck, Cabu, Faber, Charb sont aujourd’hui les maîtres de ces genres. Malgré l’émergence de ces nouvelles étoiles, le dessin de presse perd de plus en plus de place dans les journaux qui sont alors devenus complètement généralistes. Le Canard enchaîné reste aujourd’hui le journal qui accorde le plus de place au dessin. Toutefois, l’illustration humoristique de l’actualité politique a pénétré dans un grand nombre de journaux : Le Figaro, Libération (qui utilise parfois plusieurs dessinateurs pour illustrer certains événements), Le Nouvel Observateur, certains titres de la presse régionale (L’Est républicain, La Dépêche du Midi, Sud-Ouest...). Le Monde, depuis Tim en 1967, préfère les dessins aux photos. Plantu, en première page, a un rôle de véritable éditorialiste, d’autres dessinateurs (Pessin, Sergueï) commentent l’actualité, illustrent les articles, laissent libre cours à leur humour. Des dessinateurs, tel que Chappatte, utilisent Internet pour faire connaître leurs dessins à un public plus large.
Aujourd’hui
Chappatte est un bel exemple de ce que le métier de dessinateur de presse est devenu. Du simple illustrateur d’article de presse, les dessinateurs de presse publient leurs œuvres dans de nombreux journaux qui n’ont pas forcément la même ligne éditoriale. En dehors des journaux, ils proposent dorénavant leurs dessins sur leur propre site ou blog. C’est ainsi que sur http://www.globecartoon.com/dessin/ on peut retrouver quasiment tous les dessins de Chappatte sans avoir à lire le moindre journal. En plus, au-delà des dessins, cet auteur réalise également des reportages dessinés ou des dessins d’actualité pour la télévision. C’est donc un tout autre métier auquel on a à faire aujourd’hui. Si les premiers caricaturistes appartenaient à des ateliers de gravure qui publiaient indifféremment des gravures d’art et des dessins satiriques, cette époque est bien révolue malgré toutes les larmes versées par les nostalgiques. Le développement de la presse satirique a entrainé une spécialisation, mais bon nombre de dessinateurs menaient parallèlement une carrière de peintre ou de graveur. En effet, les dessins de presse procuraient des revenus appréciables aux artistes, même si le paiement et les tarifs étaient soumis au bon vouloir du directeur de publication. C’est ainsi que Daumier, le plus grand des caricaturistes, fut reconnu et honoré pour son œuvre peinte et non pas pour ses dessins satiriques, alors que ce sont précisément ces dessins qui lui avaient permis d’être connu du grand public. Au début du XXe siècle, des artistes tels que Toulouse-Lautrec, Juan Gris, Cocteau, Van Dongen, Vallotton furent, à certains moments, caricaturistes, tandis que des caricaturistes comme Steinlen et Jossot allaient travailler dans l’illustration ou la publicité. Depuis 1945, les dessinateurs de presse ont droit au statut de journaliste. Ballottés entre les contraintes journalistiques et leurs envies de création artistique, ils bénéficient des mêmes garanties sociales que leurs confrères. Ils sont souvent payés à la pige, comme Piem pendant ses trente-cinq ans au Figaro, ou ils chargent des agences de négocier les prix pour eux.
Plantu, le plus célèbre des dessinateurs politiques de l’hexagone, est arrivé tout jeune au Monde. Il a présenté chaque jour ses dessins jusqu’à ce que le rédacteur en chef en accepte un. Aujourd’hui, sous contrat avec ce journal, il tire une partie de ses revenus de la publication annuelle d’un recueil de ses meilleurs dessins. Comme Daumier, il sculpte pour son plaisir les personnages de l’actualité en bois ou en argile. Mais aujourd’hui, il faut bien se dire que le cas de Plantu est une exception et non la règle. Aujourd’hui, il semblerait qu’il faille avoir une capacité à présenter son travail à travers des supports différents pour prétendre vivre de cet art de nos jours et d’éviter le plus longtemps possible son inscription au Pôle Emploi. Qu’en sera-t-il demain ? Essayons-nous un peu au jeu de la prophétie.
Et demain ?
On ne cesse pas de nous promettre un monde où les médias seront complètement décloisonnés. Cette vision commence peu à peu à se matérialiser à travers les journaux qu’on peut lire en version papier, sur le web, en téléchargement ou encore sur son iphone. Cette importante variété de support changera à coup sûr le travail des dessinateurs de presse, qui deviendront peu à peu des dessinateurs pour des supports différents. Au fond, le travail ne changera pas. Il s’agira toujours d’analyse, de précisions chirurgicales dans la façon d’illustrer l’actualité. Mais le contenu devra pouvoir s’adapter à des médias complètement différents. Avec la montée de la vidéo sur internet depuis 2005 et la lancée de Youtube, certains imaginent même déjà des « animations de presse ». C’est-à-dire des dessins animés de quelques secondes qui nous présenteront l’actualité vue par un auteur. Les moyens d’animation n’étant plus un vrai obstacle à la réalisation, il est certain que les dessinateurs de presse ne vont pas tarder à s’y lancer. C’est déjà le cas de Chappatte. Demain, un autre élément qui va profondément changer est la quantité de l’information et le nombre de dessinateurs. A partir d’un simple blog et d’un scanner, toute personne peut partager son dessin sur le web. Si auparavant il fallait cogner aux portes des rédactions pour présenter son dessin, il suffit aujourd’hui de tenir un blog et de se faire repérer par un rédacteur en chef qui tomberait sur notre blog pendant sa pause café. Ce qui est en train de se passer sur des médias comme Deezer ou Myspace va également se répercuter dans le métier des dessinateurs de presse qui devront donc être capable d’intégrer toutes ces nouvelles technologies dans leur travail. Comme avec la bande dessinée aujourd’hui et l’émergence des bd blogs, le dessin de presse connaitra une montée en puissance des blogs de dessinateurs de presse et des partages de dessins via les réseaux sociaux. Ce qui risque de faire baisser la qualité intrinsèque des dessins, mais au bout le lecteur final aura toujours son mot à dire. Peut-être même plus qu'avant où le dessin devait d’abord obtenir l’aval d’un rédacteur en chef qui décidait pour ses lecteurs. Vous voyez donc que l’avenir ne sera pas sombre pour cet art qui continue à nous faire rire au quotidien, même lorsque les nouvelles ne sont pas bonnes.
Allez, soufflez un bon coup, ceci n’est en aucun cas une certitude, alors venez donner votre avis sur ce dossier et l’avenir du dessin de presse dans votre forum.

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