Interview de Paul Samanos par caroline le 23/10/2009

Paul SamanosPaul Samanos

Né en 1968, Paul Samanos est devenu tétraplégique suite à un accident de rugby survenu à l’âge de 16 ans.

Aujourd’hui en fauteuil et lourdement paralysé, Paul poursuit une existence « normale » à bien des points de vue. Journaliste, il a écrit pour de nombreuses agences de communication. Parallèlement, il dessine depuis près de 20 ans en mélangeant différentes techniques : il s’appuie sur des esquisses au crayon qu’il scanne et finalise sur son ordinateur. Son dessin reste très expressif, malgré la paralysie quasi complète de ses mains.

A travers le personnage en fauteuil qu’il a créé, et qui est un peu son « alter ego », Paul poursuit un double objectif : donner à rire et à penser. D’un gag à l’autre, il nous offre un tableau complet du monde du handicap en abordant des thèmes plutôt inhabituels comme la sexualité et ses péripéties. Moqueur à l’égard des valides, il n’oublie pas de s’épingler lui-même ni de critiquer certains de ses « camarades » handicapés.

Au final, on rit beaucoup et on apprend des tas des choses et surtout, on en sort avec un regard plus léger et plus juste sur le monde du handicap moteur…

Comment avez-vous commencé à dessiner ?

C’est un concours de circonstances qui m’a fait dessiner : je commençais mes études à l’Université de Bordeaux, j’étais interne et j’avais envie d’amuser mes nouveaux amis. La chance a voulu qu’à ce moment précis on m’offre un ordinateur révolutionnaire pour l’époque, équipé d’une souris (en 1985 c’était exceptionnel !) et d’un logiciel de dessin. Grâce à cela, je me suis lancé et j’ai vite constaté que, malgré les grosses difficultés liées à mon handicap physique, j’arrivais à un résultat encourageant. D’ailleurs, quelques mois seulement après avoir commencé, j’ai proposé deux planches au Festival de dessin humoristique d’Anglet et j’ai été primé ! Au début, je balayais un peu tous les sujets, actualité, politique, société, et c’est seulement quelque temps après que l’idée m’est venue de me concentrer sur le handicap en créant un personnage en fauteuil roulant inspiré de ma propre expérience. C’était une idée novatrice pour l’époque et il y avait tellement de choses à dire !

Comment arrivez-vous à vraiment rire du handicap ?

Soyons clair : le handicap en soi, ce n’est pas marrant et j’en sais quelque chose ! Mais les situations qu’il engendre peuvent le devenir si on s’autorise la caricature : il y a tellement de maladresses, de discours ridicules, d’absurdités médicales ou administratives, de tabous en tous genres, d’incompréhensions ou de choses mal fichues dans la vie quotidienne que l’on peut s’en donner à c?ur joie… Le public est très réceptif, surtout quand il comprend que je pratique l’autodérision et que je travaille dans un esprit constructif. Car mon but est d’amuser, mais ça ne s‘arrête pas là. J’essaie aussi de glisser quelques messages et je crois qu’en plaisantant sur des sujets inhabituels comme la sexualité des personnes handicapées, on peut faire réfléchir les gens. Je n’imaginais pas, avant d’être moi-même concerné, la vie aventureuse des personnes en fauteuil : au boulot, en famille, à l’école, sous la douche, c’est toujours folklorique… J’espère donc sincèrement qu’en refermant le livre, les lecteurs se sont bien divertis mais qu’ils ont aussi appris quelques trucs !

Fauteuils en état de siègeFauteuils en état de siège - La boite à Bulles

Quels sont vos projets après ce livre ?

Je compte partir en Suisse avec mes droits d’auteurs… Non, pour parler plus sérieusement, j’ai une petite réserve de dessins à la maison et des idées de gags qui me tournent dans la tête. Mais après Fauteuils en état de siège, je ne pense pas refaire un livre complètement sur le handicap : je me vois plutôt faire un album en deux parties, ce qui me permettrait de continuer à faire vivre le personnage en fauteuil qui a encore beaucoup de choses à dire, mais aussi d’élargir sur d’autres thèmes que je trouve amusants. Encore faudrait-il que mon dos me le permette car en ce moment j’ai super mal et ça m’empêche de dessiner. Donc finalement, la Suisse ce n’est peut-être pas une si mauvaise idée !