CHRONIQUE - Le ciel au dessus du Louvre - Futuropolis par stephane le 16/11/2009

Il fallait bien Le Louvre, Robespierre et le peintre David pour réunir ces deux personnalités. Une collaboration inédite, entre Bernar Yslaire, auteur de Sambre, du XXe Ciel, du Ciel au-dessus de Bruxelles ou récent scénariste de La Guerre des Sambre, et Jean-Claude Carrière, scénariste de Bunuel, Wajda, Forman ou Louis Malle au cinéma, mais aussi dramaturge, romancier, comédien. Immense homme de lettres. Le quatrième album co-édité par Futuropolis et Le Louvre fera incontestablement date. Son casting est déjà un événement. Mais au-delà de l'accolement de deux grand noms, Le Ciel au-dessus du Louvre est surtout une plongée dans la Révolution Française sous un angle totalement inédit : celui de la représentation de la Révolution.

La chronique de Stéphane :

Lever de rideau. 15 fructidor an 1. La Révolution Française. Inauguration du Louvre, premier musée de la nation, lieu d’accueil mais aussi de composition d’une nouvelle peinture « révolutionnaire ». C’est là que David tient son atelier. Ce n’est pas seulement un artiste au tempérament exalté, c’est aussi un homme politique, proche de Robespierre, qui met sa passion au service de ses convictions et inversement. Au-delà du face à face entre deux personnages historiques, cet ouvrage est avant tout l'histoire d'un tableau, représentant l’être Suprême, commandé par Robespierre à David. Jamais cette œuvre ne verra le jour…

L’histoire, découpée en vingt courts chapitres, progresse au rythme effréné de la Révolution. Chaque chapitre est l’occasion pour Yslaire de mettre en scène les personnages du récit de Jean-Claude Carrière. Nous découvrons, en plein cœur de la terreur, un David jaloux du succès de Girodet. Il se veut le défenseur ardent et convaincu d’une peinture en rupture avec celle de l’ancien régime, plus proche de la réalité, inspirée d’un «style mâle et nerveux qui doit caractériser les exploits révolutionnaires». Tandis que David se heurte inlassablement à une tâche impossible : la représentation de la vertu, inspiration des idéaux de la République, Robespierre, en proie au doute face aux violences de la Révolution est en quête de spiritualité. Au milieu de ces figures historiques surgit Jules Stern, un ange « tombé du ciel », personnage emblématique et récurrent d’Yslaire, dont la présence et la beauté viennent troubler David : quelle est la mission de cet Ange et qu’adviendra-t ’il de lui ?

Le trait d’Yslaire illustre à merveille le Louvre, ses ateliers et les principaux protagonistes d'une révolution française qui répond par la Terreur aux menaces qui l’assaillent de toute part. Souvent très détaillé, il se limite parfois à de simples esquisses de personnages secondaires. Yslaire démontre une fois de plus sa totale maîtrise de l’éclairage et des couleurs : sépia pour accompagner la narration, rouge pour susciter l’émotion. A ces sublimes dessins viennent s’ajouter de nombreux extraits de peintures du Louvre.

Cet album est avant tout le fruit d’une rencontre, celle des talents conjugués de Jean-Claude Carrière, romancier, scénariste, et réalisateur, et de celui Yslaire, auteur de  Sambre, XXe ciel.com et Ciel au-dessus de Bruxelles. La trame historique et la mise en scène nous plongent littéralement dans cette période mouvementée de notre histoire sur laquelle plane l’ombre de «La Veuve». L’apparition de l’Ange donne à ce récit une dimension complémentaire qui d’historique devient Histoire. Le thème de la représentation inachevée, cher à Yslaire, vient compléter avec bonheur cette alchimie. La lecture de cet ouvrage, vous l’aurez compris, fut un réel plaisir que je vous invite donc tous à partager.

Le ciel au-dessus du Louvre
Scénario, textes et dialogues : Jean-Claude Carrière et Bernar Yslaire.
Mise en scène, dessin et couleurs : Bernar Yslaire
Date de parution : 13/11/2009
Edition : Futuropolis
Format : 265 x 280 mm - 72 pages
Prix de vente : 17 €

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