CHRONIQUE - Bloody September – Will Argunas - Kstr par Pierre le 21/02/2010

Synopsis des éditions Kstr

Manhattan, hiver 2000. En pleine nuit, une femme à demi-nue saute dans le vide du haut du parapet d’un building. Au matin, c’est l’inspecteur Francis Pezzulo, en chemin pour rejoindre son commissariat du 15eme district, qui hérite de l’enquête sur ce cas – selon toute vraisemblance un suicide. Son enquête, pourtant, conduira d’abord dans le milieu du cinéma porno, puis sur les traces d’un serial killer terrifiant, un psychopathe tueur de femmes qui dépèce ses victimes.

La Chronique de Pierre

Les mois défilent : december, january, march, april… Jusqu’à september. Bloody September. Cet album de Will Argunas se lit un peu comme un journal, les dates imprimées sur les pages en lettres capitales. Jusqu’à ce drame final. Ce fameux 11 septembre 2001.

A travers cette histoire multiple, le lecteur suit plusieurs routes, plusieurs récits. Le premier n’est autre que la destinée tragique d’une jeune femme asiatique, qui conduit au personnage de Francis Peluzzo, un inspecteur-baroudeur, un vieux-de-la-vieille. Viennent s’y mêler les pulsions d’un tueur psychopathe et la vie intime d’un couple de lesbiennes. Autant de récits qui s’échelonnent à mesure que les mois de cette bande-dessinée défilent, qui se croisent, qui s’entremêlent. Et le lecteur les suit avec attention, tentant de deviner à quels moments les destinées vont se lier.

Le personnage principal de cet album n’est pourtant autre que sa toile de fond : New-York. Comme un lieu intemporel malgré le temps qui passe. Will Argunas entraîne le lecteur au cœur d’une ville qui semble détruire peu à peu ses habitants, les brise en deux. Jusqu’à l’évènement final, espèce d’apothéose de la destruction engendrée par cette ville.

Le scénario a cela de particulier qu’il nous plonge au cœur de l’intimité de l’intégralité des héros de ce one-shot. On suit chaque personnage avec intérêt. L’inspecteur, malgré son côté vieux briscard et dur à cuire se dévoile au fur et à mesure du récit. Et on prend plaisir à en apprendre un peu plus, à le comprendre un peu mieux. Mais c’est surtout le tueur-psychopathe qui marque le lecteur. Il est extrêmement dérangeant d’entrer dans son intimité car celle-ci est crue, violente et sans ambages. Les scènes sont d’ailleurs d’une cruauté parfois difficile, à tel point qu’on ne s’attarde pas sur la page. Qui plus est, jusqu’à l’épilogue, ce personnage dérange. Son cheminement achève le récit en l’emmenant au-delà de la grosse pomme, comme si la malfaisance de New-York s’exilait au-delà de la ville. Je suis ressorti de cette lecture avec une sensation un peu pesante de malaise, preuve que le récit est efficace.

Graphiquement, le dessin est, et c’est dommage, de moins bonne qualité que le scénario. Les couleurs complètent habilement la mise en scène scénaristique. Cependant les décors et personnages sont un peu désagréables à regarder. La faute à une tendance de l’auteur à systématiquement tracer une multitudes de petits traits irréguliers, que ce soit en arrière-plan ou sur les visages des personnages. Cet aspect général finit par conférer à l’ensemble une sensation brouillonne.

L’intérêt de cet album réside donc dans la qualité de son récit, habilement mené. Le dernier mois de cette bande dessinée donne à réfléchir à l’aspect général de l’intrigue et à la façon dont chaque évènement s’imbrique dans un autre récit. Will Argunas parvient à donner une sensation étouffante, angoissante, d’un New-York terriblement anxiogène. Pas toujours agréable, mais terriblement efficace.


Bloody September
Wull Argunas
11,7x24,5 cm
120 pages quadri
Couverture chromée
16 €

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