- Scénario
- Joe Sacco
- Dessin :
- Joe Sacco
- Série :
- Gaza 1956, en Marge de l'Histoire
- Éditeur :
- Futuropolis
- Format :
- 424 pages
- Thème(s) :
- Futuropolis , guerre , Joe Sacco , Gaza
Synopsis des éditions Futuropolis
À l’occasion d’un reportage dans la bande de Gaza en 2001, Joe Sacco se remémore une note de bas de page lue dans un rapport des Nations Unis durant la crise de Suez en 1956. Cette note parlait d’un massacre de près de 275 villageois par l’armée israélienne. Difficile à croire, aussi le dessinateur reporter se rend une fois encore en Palestine, en 2003 cette fois-ci, pour recueillir les témoignages des survivants. Petit à petit, il remonte le fil de l’histoire pour nous délivrer un compte-rendu cruel et documenté.
La chronique de Pierre
« Aux gens de Gaza ». C’est la première phrase de cette bande dessinée. C’est à eux que le journaliste Joe Sacco dédie son ouvrage. Et il faut avoir parcouru les 400 et quelques pages de l’album pour saisir tout l’impact de cette première phrase. Car plus qu’une bande-dessinée, c’est ici un véritable recueil de témoignages que nous livre l’auteur. A travers Gaza 1956, en marge de l’histoire, Joe Sacco s’intéresse à une période précise de la bande de Gaza, petit territoire qui fait régulièrement la Une de l’actualité depuis maintenant des décennies. Petit territoire en guerre depuis toujours pour ses actuels habitants. La démarche de l’auteur a cela d’originale qu’il s’intéresse, comme il le dit lui-même, aux "notes de bas de page". Les témoignages recueillis n’ont pas pour but de retracer les évènements terribles qui sillonnent l’histoire de Gaza. Ici l’idée est de ne s’intéresser qu’à une seule année : 1956 et ses notes de bas de page… C'est à dire 1956 et ses massacres dont personne ne parle.
A travers cette BD, Joe Sacco se met en scène, à la recherche des différents survivants et témoins des massacres qui ont eu lieu il y a plus de 50 ans. On comprend ainsi tout le désarroi des personnes interrogées, leur incompréhension face à ce journaliste qui veut extirper de vieux souvenirs du passé, alors qu’en ce moment même les massacres continuent. « Qu’importe le passé, c’est du présent dont il faut parler », lui assène-t-on à longueur de temps. Et Joe Sacco de se défendre : « Dans 50 ans, voudrais-tu qu’on ait oublié ce qu’il se passe aujourd’hui ? ».
Les témoignages, illustrés pour que le lecteur visualise les scènes du passé, sont poignants, souvent difficiles. On ressort de l’album avec une sensation amère. Et lorsque le lecteur achève la dernière page de cette bande-dessinée, qu’il la tourne, il se retrouve face à des annexes, des sources extrêmement sérieuses qui prolongent le récit. Ces fameuses « notes de bas de page » qui démontrent que si massacre il y a eu, on a préféré l’oublier, tout en nuançant un peu le propos tenu par l’auteur. Terrible constat, qui n’empêche en rien Joe Sacco d’être parvenu à donner à son œuvre un visage tout à fait humain.
Et c’est essentiellement de visages dont il est question à travers cet ouvrage. L’aspect « recueil de témoignages » de cette BD contraint Joe Sacco à montrer quasi systématiquement la figure des personnes interrogées. D’un visage ridée et marqué par le temps dans le présent, on passe au même visage, plus jeune et plus lisse, dans le passé. Les décors sont –si toutefois on peur leur attribuer ce qualificatif au vu des nombreux paysages apocalyptiques- superbes. Le graphisme sert admirablement bien le récit.
C’est donc ici à un véritable travail d’investigation que se livre Joe Sacco. Non content de rechercher les témoignages d’un passé qu’à l’évidence beaucoup ont souhaité, à une époque, voir enterré, il confronte sans cesse les témoignages afin d’en extirper la seule et unique vérité, puis à l’illustrer de manière efficace. On peut reprocher à Joe Sacco le parti pris pro-palestinien, qui avait déjà été critiqué avec son précédent ouvrage, Palestine. Cela dit c’est justement la réussite de cet album : en croisant et recroisant constamment ses sources et en donnant à lire des documents officiels sur le sujet, Joe Sacco évite l’écueil de la subjectivité. A l’évidence donc, un superbe travail d’enquête. Si vous vous intéressez, de près ou de loin, à l’Histoire ou au Moyen-Orient, je ne peux que vous conseiller de vous le procurer.
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