La chronique de Rémi (Librairie Le Caniveau, Paris XVIIème)
Parlons un peu d’une Bande Dessinée qui ne sera pas traduite de sitôt. Les Maakies de Tony Millionaire est en train de rejoindre Krazy Kat, Pogo, ou Le Concombre masqué au Panthéon des grandes Bandes Dessinées lisibles uniquement dans leurs versions originales. Les Maakies sont une série de strips humoristiques commencées en 1994. Elles sont intraduisibles dans leur majorité car, à l’instar de Pogo, l’utilisation d’une pléiade d’accents ou dialectes (sans compter les divers jeux de mots) rend une version française plus que fastidieuse (notons tout de même une sélection de strips traduits dans un vieux numéro de Bang !). Et c’est bien dommage pour ceux qui ne peuvent lire l’anglais. Car à l’instar des séries précédemment citées, Millionaire est en train de construire un monument avec cette série.
Son humour, trash et déjanté (métaphysico-alcoolique, je dirais), ultra efficace, est au service d’un univers tout aussi déjanté, onirique, empreint d’une imagerie victorienne, belle et ravageuse, mais volontairement artificielle, à la manière d’un Edward Gorey (j’en reparlerai, de lui) ou d’un Tim Burton. Il faut dire que l’auteur se place constamment en référence aux grands illustrateurs de la fin du XIX°-début XX°, tels Ernest Sheppard (l’extraordinaire créateur graphique de Winnie l’ourson), Arthur Rackham ou Gustave Doré. Ainsi, chaque recueil de la série reprend le titre d’un classique de la littérature illustrée ("Der Struwwelmaakies" pour Der Struwwelpeter, un monument de la littérature jeunesse outre-Rhin, ou "The House at Maakies Corner" pour The House at Pooh Corner, l’un des Winnie l’ourson originels*). Et dans les strips en eux-mêmes, ces références sont tout aussi présentes, soit par l’imagerie, tapant aussi dans les classiques du strip américain, ou les ukiyo-e japonais, soit dans la structure même des strips. Ainsi, Millionaire reprend à son compte (et renouvelle) les « toppers », ces mini-strips que les dessinateurs américains de l’entre-deux guerres affectionnaient tant (situés à l’origine en haut de page, d’où le nom, les toppers permettaient aux auteurs de rajouter une historiette à leur page du dimanche, en rapport ou non avec le gag du jour ; certains furent de tels succès que certains toppers devinrent plus populaires que la série qu’ils accompagnaient, tels les très misogynes mais très drôles Before and After de Cliff Sterrett, dans Polly and Her Pals, et parfois devenant même des séries à part entière, comme le Krazy Kat d’Herriman). Ses Toppers, Millionnaire les utilise pour des gags qui ne peuvent pas entrer dans le cadre des Maakies, se laissant aller à une misogynie tellement stupide et jouissive qu’elle en devient presque féministe – démonstration par l’absurde, dirait-on en mathématiques.
Le décor des Maakies, c’est la marine du XIX° siècle. Les deux anti-héros principaux, le singe Uncle Gabby et le corbeau Drunken Crow font partie de l’équipage de Captain Maak. Uncle Gabby est un dégoutant personnage, porté sur tout ce que l’humanité fait de pire. Obsédé, scatophile, alcoolique, idiot à souhait, Uncle Gabby et sa bonne bouille est l’un des pires personnage de l’histoire de la Bande Dessinée. Même le Gros dégueulasse de Reiser avait des réparties intelligentes. Gabby n’a même pas ça. Drunken Crow a une personnalité plus simple. Alcoolique grave et dépressif, ce mignon corbeau se suicide environ toutes les 10 pages, ne sacrifiant l’achat d’un nouvelle bouteille que pour l’achat d’un revolver ou d’une corde… Beaucoup de personnages secondaires peuplent les Maakies, citons juste une mite d’oreille, des alligators napoléoniens avec un accent français à couper au couteau, ou un crocodile mécanique, genre de poète romantique noir des bas-fonds, anonnant des textes incompréhensible et hilarants (inspiré d’un charmant ami de l’auteur).
Le décalage entre le dessin si beau et des personnages d’une débilité assumée est tel qu’il est en soi l’un des ressorts de l’humour de Tony Millionaire, n’hésitant pas à sacrifier la poésie d’une page pour placer un bon gros gag bien gras. Sa maestria et sa culture graphique sont avant tout au service de l’humour. En celà, sa démarche est originale, et comme en plus elle est efficace, ses Maakies sont un monument a découvrir.
Mais l’humour gras n’est pas le seul talent de Tony Millionaire. Et ceux de ses livres traduis en français vous le prouveront. En effet, Uncle Gabby (sous le nom de Sock Monkey) et Drunken Crow (Mr. Crow) connaissent aussi une déclinaison plus classique, sous forme de livres jeunesses (eux non traduits pour l’instant, tout comme la mite d’oreille qui a aussi eu le droit à son propre ouvrage) ou de Bande Dessinées plus proches de nos standards européens (Le bon Sock Monkey et l’excellent Uncle Gabby, tout deux publiés par Rackham en France), où, si l’univers Victorien reste le même, il est cette fois au service de récits oniriques et beaux en diable.
Enfin, en totale cohérence avec l’improbabilité globale de toute cette galaxie, ce sont les éditions Soleil (!) qui entre 22 sorties séries d’Héroic-fantasy et un nouveau tome des Blondes, nous offrent une opportunité de découvrir le grand Tony. À travers un superbe art-book, on peut voir tout le talent de dessinateur de l’auteur, à l’aise dans tout les registres (du dessin réaliste au cartoon). On y trouvera ainsi aussi une pléthore d’anecdotes toutes plus navrantes les unes que les autres, où il semble puiser son inspiration. Une preuve de plus que les plus belles fleurs naissent dans la fange.
*dans un des Maakies, on voit même le Winnie originel de Sheppard & Milne casser la gueule à son ersatz de Disney! Inutile et jouissif, donc bien dans l’esprit des Maakies.
The Maakies
par Tony Millionaire
6 recueils parus chez Fantagraphics
Site Internet/blog : http://www.maakies.com/
Uncle Gabby et Sock Monkey
Editions Rackham
The Art Of Tony Millionaire
Editions Soleil
Prix : 29,90 euros

La vestale de satan
prix : 9,00 €
Déesse blanche, déesse noire
prix : 65,00 €
A l'ombre de l'acacia
prix : 13,75 €
La chanson du muet
prix : 14,00 €
Yang=Yin
prix : 6,00 €
Confession express
prix : 6,00 €
Treize contre un (coffret + scénario)
prix : 7,00 €
Indian tonic
prix : 20,00 €
La nuit des totems
prix : 35,00 €
Feux
prix : 10,00 €
Lumière
prix : 10,00 €
Revanche
prix : 12,00 €
Visions
prix : 12,00 €
Corporate America
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Narcocratie
prix : 12,00 €
La Victoire
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Le Sorcier Babidi
prix : 2,00 €
Cell
prix : 2,00 €
Trunks
prix : 2,00 €
Le super Saïyen
prix : 2,00 €
Piccolo
prix : 2,00 €
Le Capitaine Ginué
prix : 2,00 €
Végéta
prix : 2,00 €
Coffret intégrale
prix : 13,00 €