Le synopsis des éditions Kstr :
Octobre 1936. A l’occasion du décès de son père, dont elle vient d’accompagner la fn, une femme évoque de douloureux souvenirs, vieux de plus de vingt ans. Une affaire terrible et secrète, un fardeau dont elle peut enfin s’alléger, puisque tous ses protagonistes ont disparu.
Janvier 1914. À Guise, dans l’Ain, la police retrouve le corps d’un ouvrier fondeur assassiné. Puis, quinze jours plus tard, celui d’une veuve, victime du même assassin.
L’enquête d’un journaliste de L’Humanité va être l’occasion de découvrir le contexte fascinant de ces morts violentes : le « familistère », communauté ouvrière fondée par un patron « social » et visionnaire…
La chronique de Géraldine :
De retour au Familistère pour enterrer son père, Ada Volsheim se souvient de son enfance et d’une affaire terrible qui ébranla le Familistère enfouie à jamais par les éclats de bombes de la Première Guerre Mondiale, vingt ans plus tôt. A la lueur d’une lampe à pétrole, Ada retrouve la trame d’une sombre histoire qui vit le jour à Guise dans l’Ain, berceau du Familistère créé par Jean-Baptiste Godin, à la veille de la Grande Guerre.
Au moment où l’actualité internationale retient l’attention des français, un drame ébranle le Palais Social, symbole du socialisme expérimental. Janvier 1914, un homme est découvert mort, la gorge tranchée, dans le jardin communautaire au pied du mausolée du Père fondateur. Quinze jours plus tard, c’est une femme qui est retrouvée noyée dans la piscine, puis un couple mort asphyxié dans son lit... Le macabre décompte commence à affuter l’oeil inquisiteur de la Police et la plume ardente du jeune Victor Leblanc, journaliste à L’Humanité. Rien ne dit de prime abord que l’assassin est un familistérien. Toutefois, les mille cinq cent âmes qui composent la communauté prolétarienne, vont très vite commencer à se suspecter les uns, les autres. Les bavardages vont bon train, les regards se fond durs et la haine commence à pénétrer insidieusement parmi les ouvriers. Alors qu’ils se sont rencontrés au détour d’une ronde d’investigation, la jeune Ada et Victor Leblanc mèneront ensemble un véritable travail d’investigation que viendra perturber la mort de Jaurès le 31 juillet 1914.
Je ne dis plus mot quand à l’histoire car je risquerais dans le feu de l’écriture, de mettre à jour certains indices et de dévoiler un douloureux secret mêlant le cruel au sordide...
Dans ce one-shot surprenant, Régis Hautière parvient à faire se côtoyer Histoire et enquête policière. Si le lecteur parvient sans mal à suivre la trame de l’enquête et à déceler au fil des pages quelques indices, il reste néanmoins confondu à l’issue de cette intrigue. Ainsi l’auteur parvient d’une pierre deux coups, à faire plonger le lecteur dans une enquête palpitante tout en lui faisant visiter la cour intérieure d’un concept industriel et social qui dura jusqu’en 1968 ! (Oui vous avez bien lu 1968 !)
Chapeau bas pour ce jeune écrivain qui en l’espace de six ans a signé plus d’une vingtaine d’albums.
David François, qui tient d’une main le crayon et de l’autre le pinceau, appose sur chacune des planches un style très particulier. Chaque strip est comme griffé, marqué, estampillé. Il y a comme de la matière dans cette BD noir et blanc et sépia où les visages aux traits durs et anguleux créent le contraste. J’imagine aisément tout le travail de recherche réalisé en amont par le dessinateur (autodidacte complet) pour parvenir à reconstruire ce palais sociétaire aux fenêtres ouvertes sur la communauté. Un cadre idéal pour cette enquête à huit clos faite de briques et de sang.