- Scénario
- Osamu Tezuka
- Dessin :
- Osamu Tezuka
- Couleur :
- Osamu Tezuka
- Série :
- Phénix, l'oiseau de feu
- Éditeur :
- Tonkam
- Collection :
- Découverte
- Format :
- 11,2x17cm
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CHRONIQUE - Phénix, l'oiseau de feu par remi le 06/06/2011
Le synopsis des éditions Tonkam:
Le phénix, un oiseau immortel ! Une créature flamboyante qui vit au sein des volcans ! La légende dit que celui qui réussira à boire son sang obtiendra la jeunesse éternelle. La puissante et vieillissante reine Himiko lance donc ses troupes à sa poursuite. Le fameux archer Yumihiko réussira-t-il à tuer l'oiseau mythique ?
La chronique de Rémi (Librairie Le Caniveau, Paris 17) :
Si vous avez lu Une vie dans les marges de Yoshihiro Tatsumi (éditions Cornélius), vous savez à quel point et pourquoi Osamu Tezuka est surnommé le Dieu du Manga. À la fois inventeur du manga moderne tel que l’on le connaît aujourd’hui et immense raconteur d’histoire, celui-ci peut être considéré comme l’équivalent d’Hergé, tant pour son statut de chef de file que pour son rôle de passeur. Mais très supérieur au belge quant à sa popularité (c’est dire!). Dans l’énormité de son œuvre (plus de 150.000 pages, même avec un studio, il faut le faire, sans oublier ses dessins animés), Phénix tient une place un peu à part. Publiée épisodiquement tout le long de sa carrière (exactement de 1954 à 1988), c’est aussi l’œuvre la plus ambitieuse du génie japonais.
Déjà, narrativement, on a affaire à un schéma complexe. Les 11 volumes de l’édition française regroupent 13 histoires indépendantes (certaines histoires du Phénix sont encore inédites en français, et il faut aussi compter un dessin animé, Phénix 2772), constituant chacune une pièce d’un gigantesque puzzle, qui devient alors une histoire plus globale: rien de moins que l’Histoire de l’Humanité 1! On a donc ce que l’on appelle une narration fractale2 (à l’instar de Sandman ou Cerebus, dont j’ai déjà parlé sur www.bdabd.com), dont le but est de raconter des histoires à l’échelle de l’Homme pour pouvoir appréhender une histoire plus vaste à l’échelle de l’Humanité.
Pour cela, Tezuka utilise d’une part différentes étapes de l’Histoire du Japon (des premières sources fiables3 dans le premier tome, à la fin du Japon “médiéval”, c’est-à-dire à l’ère des Meiji, pour la dernière histoire) et d’autre part des récits de science fiction dans l’ordre inverse de l’ordre chronologique (Donc de la fin du monde 4 dans le tome 2, à un futur proche dans la dernière histoire5). L’histoire que voulait faire Tezuka pour conclure la série s’intitulait fort logiquement le Temps présent. Malheureusement pour nous, il est mort avant d’avoir pu la réaliser.
Afin de donner au lecteur des points de repère d’une histoire à l’autre, deux “personnages” récurrents nous guident dans la série. D’abord Phénix, l’oiseau mythique des légendes, dont Tezuka utilise toutes les occurrences, qu’elles soient Japonaise, Grecque ou Sud-américaine. Puis la dynastie Saruta, une famille dont le destin est lié à celui de l’humanité. Eux, ils vont donc morfler, mais survivre, logique. Le Phénix symbolise donc le divin (et plus particulièrement le cycle de la réincarnation bouddhique, faisant ainsi le lien avec Bouddha7, autre série fabuleuse de Tezuka), et les Saruta l’humain, avec bon nombre des qualités et défauts que cela comporte. Chaque tome explore l’une des facettes de l’humanité, et de sa relation au divin. Plus particulièrement, la survie est le principal moteur de la plupart des personnages. Ce qui nous ramène à l’une des principales influences de Tezuka, la Tragédie, en tout cas au sens où Nietzsche l’entend.
Dans la Naissance de la Tragédie, le philosophe allemand s’appuie sur les origines de la tragédie grecque pour développer ce qu’il considère comme les deux forces qui sont les moteurs de l’art: le dionysiaque et l’apollinien. Le premier représentant la part instinctive, sauvage et pure de l’art, là où l’autre en serait la part intellectuelle, académique et artisanale (au sens du savoir-faire). Tezuka adapte d’ailleurs frontalement cet aspect de la Naissance de la Tragédie dans le quatrième volume de Phénix. Mais toute la série est teintée de l’influence de ce livre. Déjà, Tezuka adopte non seulement la définition nietzschéenne de la Tragédie, mais aussi la motivation que lui donne Nietzsche, notamment du “besoin de l’horrible” qu’il attribue au grecs, un peuple pourtant réputé heureux dans son Antiquité. Tezuka se porte donc volontaire à la succession de Sophocle. Carrément. Et il y parvient, le bougre.
Ainsi, avec son dessin simple mais toujours très dynamique (hormis Franquin, Blain, ou Watterson, je ne lui vois pas de concurrents dans ce domaine-là), Tezuka livre ici certaines de ses histoires les plus tordues. Mais aussi ses plus magistrales. Phénix fait parti de ces œuvres que vous ne pourrez pas vous empêcher de relire plusieurs fois.
1- Je ne vais donc pas m’atteler à résumer Phénix, cela deviendrait fastidieux!
2- C’est-à-dire que l’on retrouve des structures narratives similaires à différentes échelles. Par exemple ici, n’importe quelle histoire reprend une trame narrative comparable à celle que l’on peut voir au niveau de l’ensemble de la série.
3- En l’occurrence, le royaume Yamatai, III° siècle de notre ère, cité dans des ouvrages chinois de l’époque, et considéré comme le début d’un véritable état dans l’archipel japonais. Un peu l’équivalent de Clovis pour l’Histoire de France.
4- L’Apocalypse selon Tezuka! L’un des (nombreux) grands moments de la série.
5- En fait, les deux derniers tomes constituent une seule histoire ou le futur et le passé s’entremêlent.
6- Tout les Saruta présentent les mêmes traits physiques, quelle que soit leur époque, tout comme les Timour dans le classique de Sirius du même nom.
7- Le principe de départ de cette série, c’est la vie de Bouddha racontée par Tezuka. Mais le vrai enjeu en est la vision du bouddhisme de Tezuka. Ainsi, Bouddha est le pendant théorique, philosophique et théologique de Tezuka, dont Phénix serait l’application concrète.
8- Particulièrement le tome 6, le Mal du pays. Je préfère vous laisser découvrir par vous même.
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